Honni soit qui mal y pense

Mike Ward disait dans un de ses premiers spectacles que, au Québec « On aime ça être outré». Par cette expression, il voulait souligner le fait que nous avons un talent fou pour élever en catastrophe des enjeux creux et sans substance.

La polémique absurde entourant la publicité de l’humoriste Sugar Sammy, écrite en anglais, dans laquelle il souhaite « avoir une plainte de l’Office de la Langue française » pour noël nous le démontre bien. Elle révèle qu’au Québec, nous n’éprouvons aucune gêne à nous enliser dans une autre fausse crise, devant un autre non-enjeu. Encore une fois, la sphère publique est soumise au caquetage des irascibles intégristes fleurs-de-lisés, des épouvantails de la langue française.

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Un proverbe arabe dit : « Ne parle que si tu es certain que ce que tu as à dire est plus beau que le silence ». C’est beaucoup trop espérer de la SSJB (Société St-Jean Baptiste) qui, comme une truite écervelée, mord à l’hameçon du coloré humoriste à pleine bouche.

Dans un article publié aujourd’hui, la SSJB vilipende Sugar Sammy en affirmant qu’il « crache au visage des francophones » et qu’il « diabolise » les efforts consentis afin de protéger la langue française.

Leur président, Maxime Laporte, le nouvel ayatollah de la langue française au Québec, n’arrête pas là. Il pousse l’idiotie et l’ignorance jusqu’à dire que l’humoriste « exploite systématiquement un discours de mépris à l’égard des Québécois », enfourchant du coup son destrier linguistique, fourbissant ses armes pour sa prochaine croisade. Il n’en fera qu’une seule bouchée de ce salopard d’humoriste. Sugar Sammy peut se le tenir pour dit ! Pffft ! Comment perdre le peu de crédibilité que possédait encore la SSJB…

Perplexe

Avons-nous perdu tout sens de l’humour au Québec ? Toute perspective ?

Je ne comprends rien. Je m’en confesse humblement.

Qui sont ces crétins qui ne comprennent pas qu’il s’agit d’une blague ? D’un exercice marketing qui n’a RIEN À VOIR avec une atteinte à la langue ou à l’intégrité des francophones ? Quels sont ces tarés qui s’offusquent contre cette manœuvre purement ironique ? Comme l’aurait dit Achille Talon : « Cette cuistrerie ne passera pas ! »

J’ai toujours été un grand défenseur de la langue française. Lorsque j’exerçais le métier d’animateur radio, j’ai toujours fait un effort pour utiliser une langue relevée (au grand désespoir de mes patrons… mais ça, on pourrait en parler longuement) par amour pour cet important héritage culturel. Alors pourquoi ne suis-je aucunement outré par cette publicité semi-criarde, semi-ludique ?

Peut-être parce que j’ai vu Sugar Sammy en spectacle et que je l’ai trouvé drôle, intelligent, charmant, baveux à souhait, irrévérencieux envers les immigrants comme les Québécois. Peut-être parce que j’ai compris qu’il utilise sa propre diversité, sa propre expérience comme matière première et que, en spectacle, il s’efforce de faire goûter celle-ci à son public à l’aide des moyens qu’il maîtrise. Certains humoristes utilisent l’absurdité, certains les jeux de mots. D’autres encore, choisissent la vulgarité. Sugar Sammy fait ses choux gras des « purs et durs », des « nationaleux », des « indépendantistes ». Et alors ? Les Zapartistes en faisaient tout autant avec les fédéralistes… et personne ne les dénonçait à pleine page dans les journaux.

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Les Québécois en ont ras le pompon de la fumisterie, de la « bullshit ». Spécialement celle entourant la question « nationale » et celle entourant la langue. Non pas parce qu’ils prennent leur identité culturelle et linguistique à la légère mais bien davantage parce que, à force d’entendre crier au loup de manière chronique et pour de falotes raisons, une proportion de plus en plus significative de la population, engourdie à force de les frapper vainement au cœur à grands coups de madrier patriotique, se désintéresse maintenant de ces vitales questions.

Il y a là une leçon importante pour les défenseurs de la langue : L’inutile corrompt irrémédiablement l’important. Arrêtez de brasser de la « merde » à tort et à travers. Parce que, en inondant l’espace public de faux débats, de creuses controverses, on finit par perdre de vue les vrais enjeux, ceux qui méritent vraiment l’attention et la mobilisation des Québécois. À sentimentaliser à outrance les Québécois, on a fini par les essouffler, comme en témoigne l’adhésion anémique à l’option souverainiste. À faire de n’importe quelle galéjade une crise nationale, l’intérêt d’une vaste majorité de Québécois finira par fondre plus vite que la sorcière du « Magicien d’Oz ».

Le grand gagnant dans tout cela ? Sugar Sammy. Il l’a eu, son cadeau. Pas la plainte à l’OQLF. Non… mais, comme un gamin muni d’une fronde et visant un nid de guêpes, il se tape les genoux en se délectant devant l’essaim furibond virevoltant frénétiquement, cherchant vainement la cause de son émoi.

La campagne électorale provinciale de 2012

Pas de quoi être fiers, chers Québécois.

La campagne électorale provinciale de 2012 me désole au plus haut point. Jamais n’ai-je été
témoins d’autant de haine déversée sans discrimination sur les candidats aux plus hautes
fonctions de l’État Québécois et ce, peu importe leur allégeance politique. Et c’est d’autant plus
vrai dans les médias sociaux. Que nous est-il arrivé ?

Jamais de toute ma vie
n’aurais-je cru possible d’être témoin d’un changement de paradigme
si brutal envers les acteurs de la sphère publique. Jamais n’eu-je, à ce jour, cru possible de
constater combien l’illusion de l’anonymat que procure le Web 2.0 puisse servir de tremplin
à tant d’animosité, de fureur, de sauvageries publiées sans vergogne, en toute impunité, par
une communauté de plus en plus large d’électeurs-navigateurs en mission autoproclamée. Si
le cynisme qui prévaut au Québec et, plus largement, en Occident, s’explique, si le ras-le-bol
collectif qui gagne les contribuables québécois depuis des années a peut-être atteint son apogée dans les derniers mois, pour toute sorte de raisons qui, elles aussi, peuvent trouver exégèses d’érudition stellaire, je demeure malgré tout sans voix devant les immondices véhiculées dans l’Internet, sur Facebook, sur Twitter.

Des images de Jean Charest décapité par un bulletin de vote rouge, Pauline Marois sur
un empaquetage de fromage « La vache Qui Rit », Amir Khadir commentant son désir de
nous « sodomiser avec son organe de grande taille » (« j’euphémise » ici), voilà le genre
d’images qui circulent librement dans les médias sociaux et ça me lève le cœur. Si les
caricaturistes s’en donnent à cœur joie depuis des décennies dans les journaux, leurs
propos jouissent toutefois de l’amnistie que leur confère la portée éminemment éditoriale
inextricablement liée à leur art. Il y a de l’intelligence derrière leur travail. Ce qui circule dans
les médias sociaux ne peut s’enorgueillir de telles justifications et relève d’une méchanceté
néanderthalienne, indigne du genre de société dans laquelle je souhaite vivre.Ce n’est pas que les médias sociaux sont déchàinés, ils n’ont pas de chaînes… c’est différent.

Aux États-Unis, il est maintenant coutume de sombrer dans le négativisme. Les campagnes
acerbes visant à miner la crédibilité de l’adversaire politique sont si efficaces qu’elles se sont
graduellement imposées comme l’incontournable façon de faire. On ne parle plus d’enjeux réels que dans les discours des candidats et dans les éditoriaux. En 30 secondes à la télévision, mieux vaux assassiner virtuellement l’adversaire ; du point de vu stratégique, c’est franchement plus payant. Ici, ce sont les conservateurs qui ont introduit cette façon de faire durant la campagne fédérale de 2006 contre Stéphane Dion. Copiant les procédés américains, on décide de s’en prendre à l’homme plutôt qu’aux idées. Je peux, à la rigueur, presque comprendre, sans
toutefois accepter, pourquoi des politiciens, entre eux, succombent à la tentation, compte-tenu
des résultats obtenus. Je demeure toutefois subjugué par la malveillance impudique exprimée
par une frange extrême de citoyens se croyant faussement investis par le Saint-Esprit électoral.

Ces procédés sont miteux et non éthique. Lorsque l’on n’a pas d’idées , on crie des noms…

Les débats devraient êtres rudes, vigoureux, virulents, même corrosifs. Il est sain, dans une
démocratie, d’exprimer avec conviction nos divergences d’opinion. Mais, de grâce, débattons
des idées et cessons de tolérer l’intolérable en laissant la cuistrerie sévir sans que nous disions mot. Peut-être, à vos yeux, souffré-je d’angélisme. ? Grand bien vous fasse ! Je suis conscient que ces débordements sont la conséquence attendue de la liberté d’expression dont nous
jouissons au Québec. Cependant, si cette liberté doit être célébrée, même dans ses expressions les plus dérangeantes, les plus débridées, nous ne sommes pas obligés d’en être fier.

Mon droit. Ton Droit.

Les accommodements religieux tiennent de notre désir de faire la juste place aux différentes cultures qui composent le tissus social québécois.

Trop de petits esprit condamnent unilatéralement ces efforts en employant ce qui ressemble à un argument mais qui, ultimement, n’est qu’une expression diffuse d’intolérance. Car qu’est-ce que l’argument : « S’ils ne sont pas content, qu’ils repartent d’où ils viennent. » si ce n’est pas de l’intolérance ?

Plusieurs personnes que j’ai eu l’occasion d’interroger à ce sujet m’ont cependant affirmé plus justement que les accommodements religieux ne sont, en réalité, que le symptôme d’un mal plus pernicieux encore ; notre incapacité à nous définir à la face du monde. Qui sommes-nous ? Que représentons-nous ?

De l’incapacité de répondre clairement à ces questions découle le flou artistique qui génère les accommodements religieux. Connaissons-nous nous-même, pour paraphraser la sagesse millénaire sculptée dans le roc du temple d’Apollon à Delphes. De plus, je suis fermement convaincu que notre incapacité à nous définir, à clairement établir la liste des valeurs qui nous représentent, contribue significativement à nous faire plier l’échine devant l’inacceptable. La tolérance est l’une de nos valeurs principales. Elle est la conséquence nécessaire d’une autre valeur capitale, le pluralisme, c’est-à-dire notre capacité à accepter plus d’une vision du monde, plus d’une seule idée. Cependant, comme le disait Bill Maher : « Il ne faut pas être tolérant au point de tolérer l’intolérable. »

quebecoisSi nous nous connaissions mieux, nous n’aurions pas besoin de hiérarchiser les valeurs, les droits fondamentaux ; point de vue que défend André Pratte dans le texte qui suit. Les valeurs fondamentales contenues dans nos chartes seraient suffisantes par elles-mêmes et n’aurait pas besoin des sorties peu reluisantes des politiciens et syndicalistes qui réclament une Charte de la laïcité du Québec. Je rêve d’un Québec où les directeurs des extensions gouvernementales que sont les CLSC et la SAAQ seraient assez courageux pour comprendre, lorsque quelqu’un exige d’être servi par du personnel masculin, que la seule réponse acceptable ici est : « NON ! »

Nous n’avons pas besoin d’une Charte de la laïcité mais bien davantage d’une greffe de colonne vertébrale et d’un peu de culture.