Les vérités qui dérangent… ou exemple d’un féminisme désarçonné.

OK… Voilà ma réponse à ce texte: La misogynie a-t-elle eu raison de Pauline Marois? (ELLE EST LONGUE).

o-PAULINE-MAROIS-SOVEREIGNTY-facebook

Affirmer que le Québec est misogyne pour expliquer la défaite de Pauline Marois, c’est comme blâmer McDonald pour l’épidémie d’obésité qui sévit en Occident. On cherche un bouc émissaire qui a le dos large et on peinture au rouleau. Pas besoin de finesse. Pas besoin de nuance dans les tons. Il faut vraiment être tarée et avoir une piètre opinion du Québec pour avancer une telle sottise.

La défaite du PQ est due à plusieurs facteurs. Mais avant de s’y attarder, je concède à Madame Faguy (l’auteure du texte) qu’en 2013, la population du Québec a voté contre Jean Charest et non pour Pauline Marois. La preuve, c’est que, malgré toutes les allégations et le climat malsain à l’Assemblée Nationale (fomenté par le PQ, Madame Marois en tête, carré Rouge et casseroles en mains), le PLQ a quand même su faire élire 54 députés. La lecture de cette élection était relativement simple : « Exit Jean Charest, il a été usé par dix ans de pouvoir. Le PQ ? Ok, vous brassez la cage depuis 3 ans sans arrêt. Montrez ce que vous pouvez faire… mais on vous avertis, on a la mèche pas mal courte », de dire des électeurs passablement cyniques. Le PQ n’a pas compris cela et a gouverné en troufion syphilitique. Le pétard a fini par sauter.

c0e4557cdea6c4de1d6b6a089e831ddf20508c6604e96ad4f80386dd7745efe1

Rappelons-nous de quelques éléments.
D’abord, les promesses de la campagne électorale non-respectées.
Taxer les minières et revoir les redevances ? RIEN. Établir une exigence de 2e et 3e transformation pour les produits miniers en territoire québécois ? RIEN. Abolition de la Taxe Santé ? Rien. Révision de la fiscalité à l’égard des gains en capitaux ? NIET. Abolition de l’augmentation des tarifs d’électricité sur le bloc patrimonial ? NADA. Abolition du Fonds des générations ? NOTHING. Abolition de la hausse des droits de scolarité ? OUI, ce fut fait… mais remplacé par des modifications au régime fiscal MOINS AVANTAGEUSES pour les étudiants et leurs parents que ce qui était proposé par le PLQ. Augmentation du personnel professionnel et des employés de soutien dans les écoles ? RIEN. Modification du financement des écoles privées ? RIEN. Chantier d’alphabétisation ? RIEN. Une place pour chaque enfant en CPE ?

RIEN de nouveau, seulement l’investissement déjà prévu par le budget présenté par le PLQ. Plateforme d’information régionale pour Télé-Québec ? RIEN. Création d’Espaces Québec afin de faire rayonner le savoir-faire québécois dans les pays où nous avons des intérêts économiques, politiques, scientifiques et culturels ? RIEN. Un médecin de famille pour chaque québécois ? On garde le cap sur la politique mise en place par les Libéraux. Autonomie de gestion et réforme du financement des établissements de santé ? RIEN. Instaurer des congés familiaux qui permettront aux parents de faire face à leurs obligations auprès des enfants ou aux proches de prendre soin des personnes vulnérables, handicapées ou âgées ? RIEN NON PLUS. Assurance Autonomie ? RIEN. Logement sociaux (Rénovation et construction) ? RIEN à courts termes. Élargissement d’accès à l’Aide Juridique ? RIEN. Investissement pour le développement du transport en commun, notamment à Québec et Montréal ? RIEN. Stratégie de développement du secteur manufacturier ? NADA. Élargissement du mandat de la CDPQ ? RIEN. Programme d’aide à la relève entrepreneuriale ? RIEN. Branchement de toutes les municipalités à Internet Haute-Vitesse ? RIEN. Réorganisation (NOOOOONNN , c’est pas la même chose que « Réingénierie ») de l’État ? À part 2000 postes à Hydro-Québec, RIEN !

Sans compter l’augmentation des taxes de 0,50$ sur le tabac, 0,03$ par bouteille de bière, 0,17$ par bouteille de vin et 0,26$ par bouteille de spiritueux.
Ensuite, on semble oublier que ce fut le Gouvernement des reculs. Pas d’étalement de la hausse des salaires des médecins. Pas de transformation du MTQ en « Agence » indépendante. Pas de refonte des redevances minières alors qu’on avait BLOQUÉ le projet de refonte du PLQ et qu’on en avait fait un vaste plat lors des élections. Pas non plus de réforme des CÉGEP, alors qu’on avait promis d’appliquer les mêmes normes qu’aux primaire et au secondaire en matière linguistique. C’est une excellente chose que d’avoir reculé sur ce point, mais c’est tout de même un recul sur une promesse qui n’aurait jamais dû être faite au départ. D’ailleurs, on avait promis une loi 101 plus contraignante face aux immigrants. Là-dessus aussi, on avait reculé. Que dire aussi des coupures « paramétriques » de 5% dans le secteur universitaire annoncées par le Ministre Pierre Duchesne en décembre 2013… alors que Pauline Marois avait, à quelques jours du Sommet sur l’Enseignement supérieur tenu le 25 et le 26 février précédent, annoncé un investissement de 800 millions de dollars sur 5 ans.

Et les bourdes ? On oublie les bourdes ? Comme la nomination d’André Boisclair comme Délégué Général du Québec à New-York ET sa nomination parallèle comme sous-ministre adjoint au Ministère des Relations internationales. Un scandale ? Pas certain. Un précédent ayant toutes les apparences de favoritisme ? Amplement.

Sous le même thème, rappelez-vous de tout le bruit que Madame Marois avait fait au sujet des nominations partisanes du PLQ. Elle avait même mis sur pied un « Comité des Sages » chargé de se pencher sur les nominations partisanes… mais dont le mandat ne serait limité qu’aux 9 ans du Gouvernement Charest… Sérieusement ? Alors qu’en même temps, on fout à la porte de l’Agence Métropolitaine de Transport le PDG par intérim, Paul Côté pour le remplacé par l’ancien député Nicolas Girard… qui RÉEMBAUCHE Paul Côté comme « PDG adjoint », ne connaissant rien aux transports.

Pauline Marois

Et le voyage de Mme Marois en Écosse. Le Premier Ministre écossais, Alex Salmond ne sachant plus comment dire à Madame Marois comment se mêler de ses affaires, a fini par la rencontrer et a émis un communiqué platonique dans lequel on pouvait lire que « l’avenir des peuples Québécois et Écossais allait être déterminés par… eux-mêmes! » Arrêtez-moi quelqu’un avant que je te ne me fasse une crise cardiaque face à cette surprise ! Avait-on vraiment besoin de dépenser des fonds publics pour ça ?
Ah oui, j’oubliais… L’entrée au pouvoir du PQ était tellement chaotique que l’exécutif complet de la circonscription de Maskinongé a choisi de démissionner en bloc ! Probablement parce qu’ils sont… quoi ? Misogynes ?

Et que dire de la promesse tenue d’abolir les hausses des droits de scolarité mais l’imposition d’une indexation de 3% par année ? Je revois encore Madame la Première Ministre Marois se contorsionner pour expliquer comment une « indexation » des droits de scolarité était tellement différente d’une « augmentation », devant des représentants d’associations étudiantes subjugués. Est-il possible que certaines personnes qui croyaient au PQ durant le fameux conflit étudiant se soient senties trahies par cet exercice de gymnastique intellectuelle ? Non ?
Et l’augmentation des taxes scolaires, vous vous en souvenez ? Alors qu’elle était Ministre de l’Éducation, Madame Marie Malavoy, en réponse à la comparaison des mesures « favorables » adoptées pour donner un peu d’air aux universités de la part des Commissions Scolaires qui devaient absorber 200 millions $ en coupures, avait indiqué qu’il y avait beaucoup de marge de manœuvre dans le champ de taxation des contribuables et que la Loi permettait de taxer jusqu’à 0,35$ par 100$ d’évaluation… mais que, accessoirement, les CS pouvaient aussi couper dans leurs dépenses. Qu’est-il arrivé, d’après-vous ?

Et les décisions impopulaires, notamment l’augmentation des taxes de 0,50$ sur le tabac, 0,03$ par bouteille de bière, 0,17$ par bouteille de vin et 0,26$ par bouteille de spiritueux. Ça aussi, on semble sous-estimer l’attachement des Québécois à leurs vices.
Sans parler de l’odieux projet de la Charte des Valeurs québécoise, polarisant l’électorat québécois autour du plus petit dénominateur commun, les préjugés les plus bas, institutionnalisant une bigoterie sans précédent. Tellement que l’on tenta de la camoufler par un voile de vertu si ténu qu’il constituait, en lui-même, une fumisterie indigne d’un grand parti politique québécois.

Puis, la campagne électorale de 2014.
Campagne que le PQ a perdue, net. Pourquoi ? Quatre raisons principales.
D’abord, comme je viens de l’établir, une gouvernance inacceptable. Un nombre incalculable de reculs. De l’improvisation carabinée. Des bourdes ministérielles idiotes, comme celles de Maka Kotto et de Daniel Breton. Un manque de leadership si flagrant qu’il aura fallu le drame inimaginable de Lac Mégantic pour que la Première Ministre Marois puisse se ressaisir aux yeux des Québécois. Et elle l’a fait. Très bien même. La guerre du bilan était perdue.
Ensuite, une stratégie électorale viciée, parce que principalement basée sur un seul enjeu : la répugnante Charte des Valeurs québécoise (CVQ). C’était le seul enjeu qui dominait dans les sondages, plus fort même que les appuis au PQ. On décida d’en faire le « centre » de la stratégie électorale. Le vent dans les « voiles », aurait-on pu dire… Mais survint PKP, le poing dans les airs, insufflant une nouvelle vie dans la jeune campagne à l’enjeu que l’on souhaitait garder en sourdine : l’indépendance du Québec. À partir de ce moment, l’agenda de la campagne échappe au PQ et devient dicté par le PLQ. On prend près de 10 jours à recentrer la campagne autour de la CVQ, ce qui est perçu comme une manœuvre de rattrapage par l’électorat. Et que dire des enjeux ? L’économie. C’est de ça dont voulait entendre parler le Québec. Car au printemps 2014, le Québec connaissait un taux de croissance deux fois plus faible que celui du Canada, subissant des pertes d’emplois massives. Ajoutons à cela de piètres performances de la Première Ministre Marois dans les débats et une solide performance de Françoise David. La guerre des stratèges était perdue.

De plus, les Québécois en avaient assez des querelles et des attaques gratuites. Or, la campagne fut l’une des plus détestables que j’ai suivie. Attaques personnelles, salissage en règle, insinuations douteuses de part et d’autre. Une campagne d’inélégance indigne, encore une fois, des débats réels que méritent les Québécois.
Enfin, les Québécois ont dit et redit qu’ils ne veulent plus rien savoir de la question de la souveraineté du Québec, n’en déplaise aux tenanciers de cette option. La déconfiture du PQ lors de l’élection du 7 avril dernier n’en est que l’expression la plus récente. Je ne crois pas que le PQ deviendra à court terme un parti marginal, quoique puissent en penser les supporters de la Coalition Avenir Québec. Mais l’option souverainiste, elle, l’est de plus en plus. Nous sommes encore prêt à considérer le Parti Québécois comme l’alternative au PLQ comme régent du pouvoir, tant et si bien qu’il opte pour une gouvernance économique, pas idéologique. Tant et aussi longtemps que l’on sera en mesure d’opposer l’option « Pays » à l’option « Économie et Stabilité » dans une campagne électorale, le PQ en fera les frais.

J’ai beaucoup d’admiration pour madame Marois. Elle a connu une carrière publique enviable, faisant du service aux Québécois le centre de son cheminement. Elle a droit à tout mon respect de manière non négociable. Mais elle a échappé sa chance. Vraiment.

Le Québec a bien des tors, bien des défauts. Mais de grâce, avant de formuler de telles inepties, relisez ce que je viens d’écrire et demandez-vous s’il n’y a pas là-dedans quelques raisons pour détrôner madame Marois qui vous auraient échappées…

À mort, nos politiciens ???

J’ai regardé la vidéo de Jean-Philippe Leblanc-Paré, 29 ans, l’hurluberlu trifluvien qui vient de se faire pincer par la Sureté du Québec pour menaces de mort à l’endroit de la Première Ministre.

Un clip minable et sans but, produit sous l’effet de stupéfiants, placée en ligne pour des raisons qui m’échappent complètement, sans queue ni tête et dans laquelle il lance tout à fait gratuitement, à 9 min 31 sec « I will kill Pauline Marois ». Triste utilisation de pixels. Treize minutes de ma vie que je ne récupèrerai jamais.

Remarquez les commentaires des internautes. Certains disent « Y a rien là! », « Je ne peux croire qu’il se fasse arrêter pour ça! »
J’ai une question pour vous : Qu’est-ce que ça vous prend ?

Je ne suis pas un partisan du PQ. Je ne trouve pas qu’ils forment un bon gouvernement. Je suis contre la souveraineté du Québec et je ne suis pas certain que la Première Ministre Pauline Marois soit la meilleure personne pour exercer cette fonction. Je ne me sens pas particulièrement inspiré par le programme proposé par le PQ et je trouve cynique et anti démocratique l’idée de présenter un budget pré-électoral sans, du même souffle, présenter les crédits. Sans parler de l’écran de fumée de cet imbécile projet de Charte des Valeurs québécoises, comme si le Québec avait le monopole de certaines vertus. M’enfin, je m’égare.

pauline-marois

Malgré toutes mes récriminations à l’égard du Parti Québécois, jamais il ne me viendrait à l’esprit d’user de violence à l’égard du moindre d’entre eux. La dissidence est saine, dans un univers démocratique. On peut même détester les politiciens qui nous répugnent, quoique, même là, je ne suis pas certain d’en être capable. Il m’est difficile de concevoir une haine personnelle à l’égard de quelqu’un qui fait le choix professionnel de servir les Québécois. On peut la juger sévèrement, cette personne. On peut…. Non… On DOIT exercer notre sens critique en tout temps, peu importe qui est au pouvoir et, surtout, peu importe nos allégeances. Parce que, et c’est peut-être naïf de ma part, il me semble que nous devrions être partisans 36 jours à tous les quatre ans, en politique. Après, l’intérêt supérieur des Québécois devrait primer. Mais de là à menacer d’en attenter à la vie d’un politicien ? Ça, je ne comprendrai et n’accepterai jamais.
C’est le deuxième en 3 mois à se faire interpeler par la SQ. La cause de Daniel Brosseau sera entendue un peu plus tard au mois d’avril. Il avait écrit sur une page Facebook des menaces contre la Première Ministre Marois et contre le Premier Ministre Harper. À chaque fois, il s’en trouve pour dire que, dans le fond, des menaces sur Facebook et YouTube, c’est rien, ça ne veut rien dire, c’est inoffensif.

Vraiment ?
Quand on est démocrate, on ne tolère aucune menace contre les institutions démocratiques. Un premier Ministre c’est une personne, mais c’est d’ABORD une institution. Les policiers auront toujours mon appui inconditionnel quand vient le temps de mettre la main au collet d’individus prêts à désacraliser les institutions démocratiques au nom d’une haine grotesques, honnie de l’espace public. Et les médias sociaux font partie intégrante de cet espace public.

En d’autres mots, Facebook, Flickr, YouTube, LinkedIn, Myspace, Instagram et autres patatras du genre, c’est du sérieux quand on menace la vie de quelqu’un.
Faudra-t-il un autre Richard Henry Bain, un autre Denis Lortie avant que, vous aussi, ne les preniez au sérieux ?

Élections 2014

Même si je n’ai pas de micro, j’espère que vous ne comptiez pas sur moi pour rester silencieux durant cette campagne électorale, hhhmm ?

Je suis tellement divisé sur cette campagne que, franchement, je ne sais pas par quel bout commencer. Vous parler de la Charte et du fond gênant entourant cette élection ? Vous parler du Parti Québécois et de ses déboires de la dernière année ? Vous parler du chef libéral et de sa pauvre performance avant l’élection ? De la CAQ qui a de bonnes idées mais qui ne semble pas en mesure de vous en convaincre ? Du Parti Conservateur du Québec qui a également des solutions à proposer mais qui, aux yeux de beaucoup, ne constitue même pas une alternative ? Vous parler de l’insignifiance électorale de Québec Solidaire ? Par quoi commencer ?
quebec-raciste

Laissez-moi donc débuter par quelque chose qui va vous étonner de ma part : un compliment pour le Parti Québécois.
La candidature de Pierre Karl Péladeau est un coup fumant. Probablement le meilleur coup de cette campagne. De cette dernière année. De ce règne de Pauline Marois. Probablement un meilleur coup que la Charte des Valeurs.

Pourquoi ? Parce que même si le Québec a été précipité en élections sur le dos de l’inutile Charte des Valeurs Québécoises (CVQ), la majorité des Québécois, lorsqu’on leur demande ce qui est important pour eux, répondent que l’économie et l’emploi demeurent leurs priorités.

Or, qui de mieux comme figure de proue au Québec pour incarner le discours de la réussite économique que Pierre Karl Péladeau ? Qui de plus crédible ?
Cette candidature vient combler un manque flagrant de crédibilité du Parti Québécois en matière d’économie. Qui plus est, il jouit d’une notoriété inégalée aux yeux d’une portion très significative de l’électorat. Aucune campagne publicitaire, aucune pancarte, aucun slogan ne pourront rivaliser avec ça.

La relance de l’économie du Québec passe par l’entreprenariat. PKP, pour tout ce que certains pourraient lui reprocher, est extrêmement crédible pour incarner ce discours.

Pour employer une métaphore sportive, c’est comme si une équipe de hockey ayant une production offensive déficiente annonçait qu’elle venait de mettre la main sur Mario Lemieux comme agent libre. Il est tôt dans cette campagne, mais je ne vois pas comment le Parti Libéral pourra rivaliser avec cette annonce, compte tenu de la popularité de la CVQ. Le discours économique a toujours été le cheval de bataille du PLQ. Cette élection-ci, il lui vaudrait mieux ne pas tenir pour acquis qu’il monopolisera cet enjeu.

La campagne électorale provinciale de 2012

Pas de quoi être fiers, chers Québécois.

La campagne électorale provinciale de 2012 me désole au plus haut point. Jamais n’ai-je été
témoins d’autant de haine déversée sans discrimination sur les candidats aux plus hautes
fonctions de l’État Québécois et ce, peu importe leur allégeance politique. Et c’est d’autant plus
vrai dans les médias sociaux. Que nous est-il arrivé ?

Jamais de toute ma vie
n’aurais-je cru possible d’être témoin d’un changement de paradigme
si brutal envers les acteurs de la sphère publique. Jamais n’eu-je, à ce jour, cru possible de
constater combien l’illusion de l’anonymat que procure le Web 2.0 puisse servir de tremplin
à tant d’animosité, de fureur, de sauvageries publiées sans vergogne, en toute impunité, par
une communauté de plus en plus large d’électeurs-navigateurs en mission autoproclamée. Si
le cynisme qui prévaut au Québec et, plus largement, en Occident, s’explique, si le ras-le-bol
collectif qui gagne les contribuables québécois depuis des années a peut-être atteint son apogée dans les derniers mois, pour toute sorte de raisons qui, elles aussi, peuvent trouver exégèses d’érudition stellaire, je demeure malgré tout sans voix devant les immondices véhiculées dans l’Internet, sur Facebook, sur Twitter.

Des images de Jean Charest décapité par un bulletin de vote rouge, Pauline Marois sur
un empaquetage de fromage « La vache Qui Rit », Amir Khadir commentant son désir de
nous « sodomiser avec son organe de grande taille » (« j’euphémise » ici), voilà le genre
d’images qui circulent librement dans les médias sociaux et ça me lève le cœur. Si les
caricaturistes s’en donnent à cœur joie depuis des décennies dans les journaux, leurs
propos jouissent toutefois de l’amnistie que leur confère la portée éminemment éditoriale
inextricablement liée à leur art. Il y a de l’intelligence derrière leur travail. Ce qui circule dans
les médias sociaux ne peut s’enorgueillir de telles justifications et relève d’une méchanceté
néanderthalienne, indigne du genre de société dans laquelle je souhaite vivre.Ce n’est pas que les médias sociaux sont déchàinés, ils n’ont pas de chaînes… c’est différent.

Aux États-Unis, il est maintenant coutume de sombrer dans le négativisme. Les campagnes
acerbes visant à miner la crédibilité de l’adversaire politique sont si efficaces qu’elles se sont
graduellement imposées comme l’incontournable façon de faire. On ne parle plus d’enjeux réels que dans les discours des candidats et dans les éditoriaux. En 30 secondes à la télévision, mieux vaux assassiner virtuellement l’adversaire ; du point de vu stratégique, c’est franchement plus payant. Ici, ce sont les conservateurs qui ont introduit cette façon de faire durant la campagne fédérale de 2006 contre Stéphane Dion. Copiant les procédés américains, on décide de s’en prendre à l’homme plutôt qu’aux idées. Je peux, à la rigueur, presque comprendre, sans
toutefois accepter, pourquoi des politiciens, entre eux, succombent à la tentation, compte-tenu
des résultats obtenus. Je demeure toutefois subjugué par la malveillance impudique exprimée
par une frange extrême de citoyens se croyant faussement investis par le Saint-Esprit électoral.

Ces procédés sont miteux et non éthique. Lorsque l’on n’a pas d’idées , on crie des noms…

Les débats devraient êtres rudes, vigoureux, virulents, même corrosifs. Il est sain, dans une
démocratie, d’exprimer avec conviction nos divergences d’opinion. Mais, de grâce, débattons
des idées et cessons de tolérer l’intolérable en laissant la cuistrerie sévir sans que nous disions mot. Peut-être, à vos yeux, souffré-je d’angélisme. ? Grand bien vous fasse ! Je suis conscient que ces débordements sont la conséquence attendue de la liberté d’expression dont nous
jouissons au Québec. Cependant, si cette liberté doit être célébrée, même dans ses expressions les plus dérangeantes, les plus débridées, nous ne sommes pas obligés d’en être fier.