Le canard insouciant

Devant les faits dévoilés depuis les derniers mois sur la politique municipale et ses relations plus que douteuses avec le monde de la construction par les reportages de l’équipe de l’émission « Enquête » de Radio-Canada, il devient impératif pour le gouvernement de Jean Charest d’instituer une commission d’enquête publique. Aucune raison ne peut justifier aux yeux du public la position semi-apathique, semi-léthargique, adoptée par le gouvernement libéral depuis les dernières semaines.

C’est d’ailleurs singulièrement irrespectueux envers les Québécois.
L’électorat porte au pouvoir une équipe de politiciens sous la promesse ultime qu’une fois élus, ils prendront la gouverne de la province comme de bons pères de famille. Lorsqu’apparaît une crise substantifique, l’électorat est en droit d’attendre du gouvernement en qui il a choisi de faire confiance qu’il prenne les devants et montre la marche à suivre en faisant face à la musique. C’est ce qui s’appelle démontrer du leadership. Toute tentative d’évitement dans ce genre de contexte constitue une indubitable insulte envers l’expression démocratique des électeurs québécois.

En ce sens, la position actuelle du gouvernement Charest, demeurant inchangée par rapport à celle qu’il a adoptée pour toutes les autres petites controverses qui se sont montrées le bout du nez en cours de mandat, est inacceptable considérant la gravité des allégations. Il a pourtant choisi de faire la sourde oreille, le canard insouciant face à la pluie s’abattant sur lui. Cette analyse de la position du gouvernement peut sembler injuste à certains égards ; le gouvernement semble démontrer un front uni derrière le talent et l’expertise de la police, d’où la création de l’escouade mixte « MARTEAU ». Mais la crise de confiance inéluctablement induite par les révélations des dernières semaines à l’égard du monde municipal, du processus d’octroi des contrats, des allégations de collusion, de financement occulte des partis politiques municipaux et de tentatives de manipulations d’élections municipales, ne trouveront pas de réponse satisfaisante dans le cadre d’une enquête policière.

PC_090422jean_lafleur_gomery_8Mais je comprends bien pourquoi le Parti Libéral du Québec ne souhaite pas de commission d’enquête. Il y a une crainte fondée que leur gouvernement ne survive pas à un tel exercice. Personne chez les libéraux n’est dupe : ils ont tous en tête la débâcle du PLC à la suite de la Commission Gomery instituée par le Premier Ministre Paul Martin. Les libéraux du Québec entretiennent également une crainte légitime d’être éclaboussés par les éventuelles révélations d’une commission d’enquête, surtout si l’on tient compte des liens étroits liant le PLQ et l’administration Tremblay. C’est suffisant, aux yeux du PLQ, pour craindre la solution d’une enquête publique, un peu comme on craint la peste bubonique. Chez les libéraux, on a besoin d’une commission d’enquête comme d’un mal de dents…

Malgré ces craintes, qu’elles soient fondées ou non, il demeure inconcevable à mes yeux de justifier, sur le plan démocratique et sur le plan de l’honneur, le refus d’avoir recours à une enquête publique. Il y a certes des risques tangibles pour la pérennité du gouvernement libéral en place mais le peuple québécois mérite que son gouvernement, que son Premier Ministre, fasse toute la lumière sur les allégations soulevées à l’égard du monde municipal, même au risque d’en souffrir l’ultime conséquence, c’est-à-dire être défait aux prochaines élections. La raison d’État doit primer sur toutes autres considérations, bien avant les coûts politiques, bien avant les risques personnels. La démocratie québécoise mérite le leadership auquel elle a droit.
M. Charest, de grâce, retrouvez votre colonne vertébrale et démontrez-nous comment un homme d’État, tel que vous l’êtes, doit se comporter !