Du coeur comme quatre…

Tic tac tic tac tic tac…
Comme le cœur de mon ami. Comme la machine qui le tient en vie.

C’est le son du sacrifice que mon ami Jeff Labrie a du faire pour rester parmi nous encore quelques années. C’est le son de la merveilleuse machine qui remplace le cœur que sa mère lui a donné à la naissance, à la conception ; que les brillants médecins de l’Hôpital Laval lui ont installé. C’est quand même pas la faute de sa mère, elle n’y pouvait rien du tout… mais la pièce originale faisait défaut. Fallait bien la remplacer… pouvait plus continuer comme ça…

Tic tac tic tac…
Comme l’horloge du Parlement.

C’est le son que produisait le crayon de Pascal Bérubé, le député de la circonscription de Matane, en frappant le pupitre qu’il occupe à l’Assemblée Nationale, quelques minutes avant de se lever pour prononcer une déclaration de support à l’endroit de mon ami, soumis aux spasmes semi-anxieux des doigts qui l’enserrent. Il frappe le dessus du pupitre, le crayon, au rythme des battements du cœur mécanique de Jeff, au rythme des battements de cœur de sa conjointe, Marie-Michèle, qui m’accompagne afin d’entendre M. Bérubé, au rythme de la frénésie qui, depuis plusieurs semaines, ne la quitte jamais. Elle est noble, Marie-Michèle. Elle est digne. Elle se tient avec grâce, malgré la fatigue qui l’afflige. Elle ne dort que très peu, à l’hôpital, dans une chambre aménagée près de Jeff depuis son opération. En plus, elle a un nouveau job… Elle est belle et digne. Ça m’émeut.

Tic tac…
Comme l’interminable douleur.

Il s’en plaint moins maintenant mais mon ami Jeff a souffert. Quand je suis allé le voir, j’aurais juré qu’un camion remorque lui avait passé sur le corps. Il était magané, mon ami. Mais je sais reconnaitre le courage quand il me croise et je sais que, maintenant, Jeff ne peut que remonter la pente, en attendant de retrouver la force d’attendre encore un cœur. Parce qu’il doit attendre, toujours attendre et attendre davantage. Mes contacts politiques me jurent cependant que le dossier du don d’organe avance. J’ai vraiment senti leur sincérité. Jeff m’a toujours dit qu’il souhaitait que l’on parle de son histoire afin de faire avancer le dossier du don d’organe.

Mon ami, tu n’auras pas souffert pour rien… je veille au grain.