« Crieux » Bégin !

J’aime beaucoup lire Michel Hébert, dans le Journal de Québec. En général, ses propos trouvent écho chez moi.

Mais son dernier texte sur la bourde à Bégin, qui enjoignit le gouvernement à « manger de la marde », me laisse perplexe et, dois-je l’avouer, m’effraie un peu dans ce qu’il suggère.

Avant de m’expliquer, permettez un nécessaire préambule.

Depuis la tragédie du Charlie Hebdo, le débat sur la liberté d’expression a retrouvé du momentum au Québec, tout juste derrière celui portant sur la laïcité. Cependant, pour des raisons qui m’échappent, ce concept, avec lequel tant de Québécois font gorge chaude, semble flou dans l’esprit de plusieurs.

Comme hier, par exemple.

En pleine télévision nationale, je me retrouve devant un citoyen furieux, appelant au boycott de la chaine d’alimentation IGA. Pourquoi IGA ? Parce que la chaine emploie Christian Bégin comme porte-parole. Et comme Bégin n’avait pas été fin, et comme ce citoyen ne pouvait s’en prendre à Bégin lui-même, alors hop-là : on s’en prend à son employeur, dans l’espoir qu’il le congédie. Visons le portefeuille… Ça va lui faire mal !

Comprenons-nous bien. Je ne suis pas en accord avec M. Bégin. Ni sur la forme. Ni sur le fond. Une fois que c’est dit…

Au-delà de la futilité de cette démarche, une question soulevé par le courroucé contribuable me trouble.

-« La liberté d’expression, Monsieur Pouliot, pour vous, C’est-tu de dire n’importe quoi, n’importe quand ? ».
-« Euh… ben oui… en autant qu’on respecte la Loi… Sinon, est-ce vraiment de la liberté ? Me semble…»

Donc, pour plusieurs, tout le monde est en droit d’exercer sa liberté d’expression….. en autant que ça ne nous déplaise pas !!?!?!?! C’est ce que je dois comprendre ?

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Ça ne tient pas la route !

Pour tout vertueux que nous nous figurions, il existe une vérité toute simple. L’authentique vertu ne réside pas dans le simple fait d’adhérer à une valeur, comme si elle conférait quoique ce soit par simple osmose, par proximité. Dans une telle situation, la vertu devient en fait impécunieuse, sans réelle apport à celui qui la profère. Et pour cause, car il n’y a de tangible valeur à une vertu que lorsque celle-ci ne devient un inconvénient.

En effet, comme il serait facile à quiconque de s’affirmer courageux en l’absence de tout danger. La valeur du courage ne s’évalue-t-elle pas que dans l’adversité ? Il en va de même pour la liberté d’expression. Car cette valeur, que la très vaste majorité d’entre nous n’hésiterait pas à qualifier de « valeur Québécoise fondamentale» ne projette de mérite sur nous que lorsque, en son nom, l’on consent au plus déplaisants discours un droit de cité, n’en déplaise à une majorité. C’est grâce à cette liberté d’expression que nous nous donnons le droit de nous regrouper et de manifester, de nous peindre la bedaine et de crier toutes sortes d’âneries durant un match de football, de faire des fous de nous-mêmes sans être persécutés, d’être extrémistes et de le dire à qui veut bien l’entendre, de s’afficher indépendantistes, fédéralistes, écologistes, affairistes, croyants, athées ou nihilistes sans craindre pour notre existence.

Et du fait, il existe déjà un encadrement à cette liberté d’expression. Celui que lui confèrent les tribunaux et l’état du droit. Car je reconnaîtrai toujours comme une limite acceptable à la liberté d’expression celle qui ne permet pas la diffamation, le harcèlement, la calomnie et l’intimidation. Au-delà de cette limite, il ne s’agit plus de liberté d’expression mais bien de licence.

Alors à tous ceux qui protestent contre le « mange de la marde » de Bégin, je vous demanderais ceci. Vous êtes-vous accolés un « Je Suis Charlie » depuis quelques semaines ? Cet insigne qui dénonçait la violence faite aux caricaturistes, mais qui voulait également dire aux extrémistes « Nous avons le droit de dire des choses qui vous offensent» ?

Comment réconciliez-vous les deux ?

 

Revenons à Michel Hébert.

Son texte me laisse songeur. Pas tant dans sa dénonciation d’un monde culturel québécois accroché à la tétine publique. C’est un fait, et je n’ai pas tant de problème avec le mécénat d’État. Je n’ai pas tant de problème non plus avec son constat que M. Bégin, curieusement, n’ait pas saisi qu’en se prêtant au jeu des syndicats, il devenait du coup un acteur politique. Partisan, par surcroit. C’est une lecture très juste de M. Hébert.

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Là où le bât blesse, c’est lorsqu’il laisse présager, face au discours ordurier de M. Bégin, une éventuelle rétribution sous forme fiscale venant de l’État. Il ne le prédit pas, mais il laisse sous-entendre que le monde artistique aurait probablement préféré que Christian Bégin se taise, pour des raisons monétaires, pour préserver un profil bas.

Au risque de passer pour quelqu’un souffrant d’angélisme, j’espère de tout cœur ne pas vivre dans ce genre de province. Parce que ça voudrait dire qu’on peut acheter notre silence à coup de subventions. Que notre silence est mandaté par l’aide financière de l’État. Que notre liberté serait d’abord limitée par notre pitance, bien plus que par notre propre schème de valeurs. Mais plus épeurant encore, cela voudrait dire que le politique pourrait persécuter financièrement un individu ou un groupe d’individus, selon la teneur de leur discours. Je suis bien davantage craintif de cela que d’un discours « pas très classe » venant d’une figure à l’égo gonflé par une popularité qui m’échappe.

J’aspire à un état de « pureté » en apparence utopique pour l’appareil étatique. Mais toute irréaliste que puisse sembler l’atteinte de la cible ci-haut mentionnée, je ne veux pas vivre dans un monde où l’on viserait plus bas.

J’ose émettre le souhait que ce que laisse présager Michel Hébert est faux. Le connaissant tout de même un peu, il me dirait surement que je suis affecté par la pensée magique.

La « Sabot-de-Denverisation » du Québec

Le week-end dernier, des milliers de Québécois sont descendus dans la rue pour dénoncer les politiques « d’austérité » du Gouvernement Couillard.

S’il est légitime de manifester afin de faire valoir sa vision de l’État québécois, une part d’incompréhension s’installe tout de même face au discours alarmiste qui prévaut, peignant tout en noir, comme si les choix du gouvernement allaient mettre en péril notre mode de vie. Un discours qui, immanquablement, tend à définir comme immuable le pacte entre les Québécois et l’État, qui sclérose les façons de faire et qui revendique comme des « acquis » le panier de services que nous avons choisis de nous offrir. Il tend également à minimiser grandement et de manière irresponsable le problème des finances publiques. À mes yeux, c’est un cocktail qui s’avérera indigeste à moyen terme.

Beaucoup de question

Regardez cette photo qui circule dans les médias sociaux. Je la trouve succulente.

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Qu’est-ce que ça signifie, être « Contre » l’austérité ? N’est-ce pas l’équivalent fiscal des climato-sceptiques ? N’est-ce pas se transformer en négationniste de l’endettement collectif ? « Tout nier », comme on le ferait à l’annonce d’une mauvaise nouvelle médicale ? Et pourquoi diable n’est-on jamais capable de remettre en question nos façons de faire, au Québec ? Sommes-nous arrogants au point de croire que nous avons toujours raison, tout le temps ? Que toutes les solutions que nous adoptons sont TOUJOURS et en tout temps les meilleures ? Tout le temps ? Au point de les transformer en dogmes ? La dernière fois que j’ai vérifié, on écrivait toujours les projets de loi sur papier, on ne les gravait pas dans le roc. Pourquoi n’est-on pas en mesure d’avoir une discussion de groupe mature, adulte, qui ne sombre pas dans l’émotif, l’irrationnel et dans la confrontation ? Pourquoi les syndicats et les groupes d’intérêts trouvent toujours le moyen de « sabot-de-Denveriser » le Québec, alors qu’ils possèdent les moyens d’être au cœur des débats et OUI, des changements ?

L’austérité, koss ça donne ?
« L’austérité néolibérale » dénoncée par les manifestants du week-end n’en est pas une. En fait, l’exercice auquel se prête le gouvernement de Philippe Couillard est plutôt un exercice de contrôle de la croissance des dépenses de l’État. En un mot, l’État continue d’augmenter ses dépenses… mais on veut en prendre le contrôle. N’est-ce pas exactement ce que toute famille responsable ferait avec son propre budget ? L’austérité dénoncée par les manifestants n’a donc rien à voir avec celle qu’a tenté l’Europe. Quand j’entends les opposants aux réformes scander « On n’est pas la Grèce ! On n’est pas l’Espagne ! », je grince des dents.

Tenez, puisqu’on en parle, en 2013, la Grèce a congédié 15 000 fonctionnaires. D’un coup ! Ici ? On propose l’abolition de pas tout à fait 2000 postes, par attrition et départs à la retraite. Depuis le début de 2009, ce sont des mesures totalisant 169 milliards d’Euros que s’inflige la Grèce. Au Québec ? On veut trouver 3,5 Milliards. Si on en trouve la moitié, on fera probablement la vague.

En Espagne, les mesures comprenaient le gel des pensions, une augmentation de l’âge d’accès à la retraite, la diminution des salaires dans la fonction publique. Avouez qu’on n’est quand même pas dans les mêmes ligues.

Le terme « Austérité » est peut –être le même et il emprunte au même concept, mais les méthodes sont loin, très loin d’être semblables.
Par ailleurs, on consacre énormément d’énergie à tenter de démontrer que la « dette » n’est pas si grave parce que nous ne tenons pas compte des « actifs » dont nous nous sommes dotés. Pour illustrer cet argument, on le compare souvent à une hypothèque. On dit qu’une dette de 350 000 $ pour un individu peut paraître immense, mais elle est justifiable en fonction de la valeur de la maison, de l’actif. Cet argument n’est pas sans mérite, en principe. Mais je crois que la question est mal définie, dans le contexte. Car le problème ne vient pas nécessairement du fait que la dette est adossée à de réels actifs mais bien plus du fait que « l’hypothèque » est devenue trop lourde à supporter et gruge une part de plus en plus importante de nos liquidités, ce qui vient torpiller notre marge de manœuvre. En gros, on n’a plus les moyens de nos ambitions, la carte de crédit est presque pleine et les paiements minimums nous demandent de consentir un effort de plus en plus exigeant.

Davantage encore. En théorie, argumenter que la dette du Québec est gérable, compte tenu de la proportion qu’elle représente à l’égard de notre PIB, est tout à fait juste. Mais quelques questions se posent.

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Pour débuter, de quelle dette parle-t-on, au juste ?

Il y a toutes sortes de chiffres qui circulent sur la dette. Dernièrement, l’IRIS (Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques), dans un document intitulé « État de la Dette du Québec 2014 » décortique les types de dettes. En gros, on entend deux chiffres. 191,8 milliards (Dette brute du Québec) ou 256,4 milliards (Dette de l’ensemble du secteur public). Les auteurs de l’étude disent que la dette du secteur public n’a pas vraiment d’utilité comme chiffre et ne sert qu’à alimenter les « commentateurs qui se veulent alarmistes ». Je ne suis pas un économiste, ni un comptable, mais je sais que parler de la « dette d’Hydro-Québec », la « dette des universités », la « dette des municipalités «  c’est, ultimement, parler de la même poche ! On peut compartimenter la dette par exercice comptable afin de mieux la comprendre, mais ce sont les mêmes babouins qui paient. Alors soyons francs et admettons que nous devons un quart de billion de dollars ? Et ça ne tient même pas compte de la portion de la dette fédérale qui nous revient.

S’il est vrai que nous avons des « actifs », encore faut-il qu’un actif puisse être liquidé, vendu. En admettant qu’il soit théoriquement possible de trouver « preneur » pour nos routes, ponts, barrages, écoles, nos panneaux de signalisation, nos aéroports, etc… pouvez-vous seulement imaginez le genre de contestation qu’engendrerait le seul fait d’évoquer la possibilité de privatiser ces actifs ? Si vous en doutez, je vous réfère à la photo de départ.

Ensuite, qui la paiera ?
Les contestataires ont beau dire que la question de l’endettement public ne constitue pas une urgence, comme semble le laisser entendre le gouvernement Couillard, l’évolution démographique, elle, ne ment pas. Le départ à la retraite des « boomers » laissera un trou béant dans la population active. Et qui dit population active dit contribuables. Lorsque les différents filets sociaux ont été mis en place au Québec, il y avait un retraité pour 11 contribuables. Dans un avenir très rapproché (d’ici 5 à 7 ans), à moins d’un revirement massif dans les politiques d’immigration, nous nous retrouverons avec un ratio de 1 retraité pour 3 ou même 2 contribuables. Le système est insoutenable. Comprenons-nous bien : le système ne s’effondrera pas, mais il faudra emprunter pour payer la note des services. Autrement dit, il faudra faire gonfler l’endettement pour payer les dépenses courantes.

C’est pour ça que l’on ne peut analyser la question des finances publiques dans un silo. Le maintien intégral des services publics, du niveau d’emplois publics, des dépenses publiques, combinés avec les infrastructures vieillissantes qu’il faudra remplacer à moyen termes, la dette déjà accumulée qui sera gonflée par ces réinvestissements que ne pourront amortir les deux ou trois contribuables par retraités…. C’est impossible à soutenir.

Et c’est là que repose l’urgence. Il serait irresponsable d’attendre qu’éclate la potentielle crise avant d’agir. Et encore, cette crise serait sournoise. Ce n’est pas comme si les viaducs allaient s’écrouler un par un… mais nous nous retrouverions dans une position où nous devrions passer aux générations futures une charge d’endettement indécente.

Démoniser le profit.
Pour en revenir à la photo que je vous ai partagée, notez le discours. Oui au « bien commun partagé » (sic) mais non « au profit » (sic). Cette manifestante est en faveur du partage de la richesse mais pas en faveur de sa création ?? Elle désire que tous aient accès à des services de qualité, mais si elle est contre les « profits », qui va les payer, ces services ? On s’endette ? Ben oui ! Pas de problème. La dette est adossée à des actifs… mais ne pensez jamais qu’on va vous laisser les privatiser quand viendra le temps de payer, par exemple !

Je hurle de rire devant tant d’incohérence. En fait, je n’ai jamais compris pourquoi la Gauche n’était pas la plus grande défenderesse de l’importance de générer des profits et de la richesse. Il me semble évident que, pour pouvoir faire bénéficier au plus grand nombre, pour avoir un meilleur panier de services, pour que le plus grand nombre améliore son sort, il faut générer de la richesse. En termes simples, alors que la Gauche n’a aucun problème à taxer les riches, pourquoi ne valorise-t-elle pas ceux qui possèdent ce potentiel de le devenir ? Les impôts sont le prix à payer pour une société paisible et civilisée. Ce n’est pas une « punition ». Et je n’ai aucun problème avec l’idée de demander un effort supplémentaire aux gens plus fortunés. Mais serait-il possible de ne pas leur crier des noms ce faisant ?

Et quoi encore.
Le Québec est « l’État » le plus endetté d’Amérique de Nord. Parmi les pays de l’OCDE, il y a pire, mais il y a beaucoup, beaucoup mieux. Devant les défis qu’imposeront les variations démographiques dans les prochaines années, si aucun changement ne s’opère, nous devront nous endetter davantage encore. C’est ce qui fait peur aux agences de cotation. Ça devrait nous préoccuper bien plus que ça ne le fait. De plus, notre niveau de taxation est voisin d’indécent et ne peut être à nouveau augmenté. Notre marge de manœuvre est quasi nulle. Et malgré ce constat, le gouvernement choisit quand même d’augmenter les contributions pour certains services, comme les services de garde. Le contribuable est à bout de souffle. Et comme si ce n’était pas assez, nous nous trouvons dans une impasse politique. Ainsi, puisque une très vaste majorité des québécois ne paient que très peu ou pas d’impôts, la réduction des services sera toujours bien plus impopulaire que l’augmentation du fardeau fiscal pour les « riches ». C’est normal : quand on ne fait pas assez d’argent pour payer des impôts, on ne veut surtout pas se voir retirer des services.

Devant ces constats, deux options s’offrent aux Québécois.
D’une part, réduire les « dépenses » graduellement, par attrition si possible et couper dans les ministères afin de contrôler l’augmentation du niveau de dépense du gouvernement. C’est ce que tentera le Gouvernement Couillard. C’est la technique qui consiste à arracher le plus de plumes à une poule sans trop la faire crier. Je ne suis pas convaincu que ça fonctionnera parce que je ne suis pas convaincu encore que ce gouvernement aura le courage de maintenir le cap.

D’autre part, maintenir le statu quo, maintenir le niveau des dépenses de programmes, le niveau d’embauche et les régimes de retraites des employés de l’État au niveau actuel. Dans ces conditions, cela implique de refiler la facture aux générations futures. C’est une façon de faire un peu équivalente à faire hériter nos enfants d’une maison indûment hypothéquée. C’est irresponsable.

Honni soit qui mal y pense

Mike Ward disait dans un de ses premiers spectacles que, au Québec « On aime ça être outré». Par cette expression, il voulait souligner le fait que nous avons un talent fou pour élever en catastrophe des enjeux creux et sans substance.

La polémique absurde entourant la publicité de l’humoriste Sugar Sammy, écrite en anglais, dans laquelle il souhaite « avoir une plainte de l’Office de la Langue française » pour noël nous le démontre bien. Elle révèle qu’au Québec, nous n’éprouvons aucune gêne à nous enliser dans une autre fausse crise, devant un autre non-enjeu. Encore une fois, la sphère publique est soumise au caquetage des irascibles intégristes fleurs-de-lisés, des épouvantails de la langue française.

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Un proverbe arabe dit : « Ne parle que si tu es certain que ce que tu as à dire est plus beau que le silence ». C’est beaucoup trop espérer de la SSJB (Société St-Jean Baptiste) qui, comme une truite écervelée, mord à l’hameçon du coloré humoriste à pleine bouche.

Dans un article publié aujourd’hui, la SSJB vilipende Sugar Sammy en affirmant qu’il « crache au visage des francophones » et qu’il « diabolise » les efforts consentis afin de protéger la langue française.

Leur président, Maxime Laporte, le nouvel ayatollah de la langue française au Québec, n’arrête pas là. Il pousse l’idiotie et l’ignorance jusqu’à dire que l’humoriste « exploite systématiquement un discours de mépris à l’égard des Québécois », enfourchant du coup son destrier linguistique, fourbissant ses armes pour sa prochaine croisade. Il n’en fera qu’une seule bouchée de ce salopard d’humoriste. Sugar Sammy peut se le tenir pour dit ! Pffft ! Comment perdre le peu de crédibilité que possédait encore la SSJB…

Perplexe

Avons-nous perdu tout sens de l’humour au Québec ? Toute perspective ?

Je ne comprends rien. Je m’en confesse humblement.

Qui sont ces crétins qui ne comprennent pas qu’il s’agit d’une blague ? D’un exercice marketing qui n’a RIEN À VOIR avec une atteinte à la langue ou à l’intégrité des francophones ? Quels sont ces tarés qui s’offusquent contre cette manœuvre purement ironique ? Comme l’aurait dit Achille Talon : « Cette cuistrerie ne passera pas ! »

J’ai toujours été un grand défenseur de la langue française. Lorsque j’exerçais le métier d’animateur radio, j’ai toujours fait un effort pour utiliser une langue relevée (au grand désespoir de mes patrons… mais ça, on pourrait en parler longuement) par amour pour cet important héritage culturel. Alors pourquoi ne suis-je aucunement outré par cette publicité semi-criarde, semi-ludique ?

Peut-être parce que j’ai vu Sugar Sammy en spectacle et que je l’ai trouvé drôle, intelligent, charmant, baveux à souhait, irrévérencieux envers les immigrants comme les Québécois. Peut-être parce que j’ai compris qu’il utilise sa propre diversité, sa propre expérience comme matière première et que, en spectacle, il s’efforce de faire goûter celle-ci à son public à l’aide des moyens qu’il maîtrise. Certains humoristes utilisent l’absurdité, certains les jeux de mots. D’autres encore, choisissent la vulgarité. Sugar Sammy fait ses choux gras des « purs et durs », des « nationaleux », des « indépendantistes ». Et alors ? Les Zapartistes en faisaient tout autant avec les fédéralistes… et personne ne les dénonçait à pleine page dans les journaux.

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Les Québécois en ont ras le pompon de la fumisterie, de la « bullshit ». Spécialement celle entourant la question « nationale » et celle entourant la langue. Non pas parce qu’ils prennent leur identité culturelle et linguistique à la légère mais bien davantage parce que, à force d’entendre crier au loup de manière chronique et pour de falotes raisons, une proportion de plus en plus significative de la population, engourdie à force de les frapper vainement au cœur à grands coups de madrier patriotique, se désintéresse maintenant de ces vitales questions.

Il y a là une leçon importante pour les défenseurs de la langue : L’inutile corrompt irrémédiablement l’important. Arrêtez de brasser de la « merde » à tort et à travers. Parce que, en inondant l’espace public de faux débats, de creuses controverses, on finit par perdre de vue les vrais enjeux, ceux qui méritent vraiment l’attention et la mobilisation des Québécois. À sentimentaliser à outrance les Québécois, on a fini par les essouffler, comme en témoigne l’adhésion anémique à l’option souverainiste. À faire de n’importe quelle galéjade une crise nationale, l’intérêt d’une vaste majorité de Québécois finira par fondre plus vite que la sorcière du « Magicien d’Oz ».

Le grand gagnant dans tout cela ? Sugar Sammy. Il l’a eu, son cadeau. Pas la plainte à l’OQLF. Non… mais, comme un gamin muni d’une fronde et visant un nid de guêpes, il se tape les genoux en se délectant devant l’essaim furibond virevoltant frénétiquement, cherchant vainement la cause de son émoi.

L’hypocrisie énergétique

La présence de Gabriel Nadeau-Dubois à l’émission Tout Le Monde En Parle hier avait l’heur de m’irriter.

Par principe, d’abord. Parce que je ne comprends pas l’entichement qu’éprouvent certains face à cet individu qui n’a, pour seul accomplissement, que la capacité de se réclamer d’avoir temporairement incarné la frange subversive d’une contestation populaire outrageusement gonflée. Mais davantage encore après sa sortie contre le projet d’oléoduc Énergie Est, de Trans-Canada. L’ex leader étudiant aurait amassé 100 000 $ pour soutenir la contestation face à ce projet.

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À partir de là, je me sens une petite gêne s’installer.

Parce que, pour tout l’amour de la planète que je ne te me vous ai, je ne suis incapable à ce jour de comprendre pourquoi on s’objecte à ce projet. La sécurité d’un pipeline ? Les « risques environnementaux » ?

Misère.

J’ai toujours eu de la difficulté à me réconcilier avec le discours énergétique dominant au Québec. On se croit collectivement si « verts » qu’on n’éprouve aucun embarras à faire la morale aux autres. Nous avons nos grands orateurs nationaux, champions des énergies vertes, fomenteurs des discours alarmistes sur le pétrole, le gaz de schiste, l’énergie nucléaire. Au Québec, on a le monopole de la vertu… Ben oui. Qui est contre la vertu ? Aussi bien chercher ceux qui sont contre la tarte aux pommes.

Comprenons-nous bien. Je ne suis pas un climato-sceptique, loin de là. On tend cependant à faire abstraction des faits dans l’argumentaire collectif. Ça nous arrange, voyez-vous ? Ça aide à tourner les coins ronds dans nos réflexions.

Première chose à retenir : Nous sommes chanceux.
Nous nous sentons « plus verts » parce que nous consommons moins de pétrole que le reste des Canadiens grâce à l’hydroélectricité. Cet état de chose repose sur un accident de l’histoire que l’on tend à oublier parce que nous avons le nez collé dessus. La production d’hydroélectricité de masse dépend de la présence d’un réseau hydrographique favorable au développement de ce type d’énergie.

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Et c’est là l’une des premières sources d’hypocrisie. Nous ne sommes verts QUE parce que nous avons à notre disposition des conditions géographiques favorables et, de ce fait, de l’énergie « plutôt propre », fait rarissime sur la planète. Je suis persuadé, si nous avions eu des sables bitumineux au Québec à la place de nos grandes rivières, que la très vaste majorité d’entre nous, devant le choix de les exploiter pour financer les services sociaux, deviendrait soudainement défenderesse des vertus du pétrole. Ou, à tout le moins, mettrait ses objections de côté, le temps d’effacer le déficit et de baisser le niveau d’imposition. J’en ai pour preuve l’envie à peine voilée que l’on exprime face à l’Alberta quand vient le temps de comparer les régimes fiscaux, les rapports d’impôts et le revenu disponible.

En plus, lorsque l’on s’intéresse le moindrement au bilan énergétique du Québec, nous constatons que, malgré nos prétentions, nous consommons autant de pétrole que nous consommons d’électricité. En 2013, l’électricité représentait 40,1% de notre consommation d’énergie, alors que le pétrole représentait 39,1% de l’énergie consommée. Et lorsque l’on analyse un peu plus en détail les données de Statistique Canada, on se rend compte qu’à lui seul, le secteur du transport « carbure » à 99,7 % au pétrole. Autrement dit, une chance qu’on chauffe principalement à l’électricité parce que, dans les autres secteurs, on ne fait pas mieux que les autres.

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Deuxième chose à retenir : Au Québec, on « aime » le pétrole.
Je suis le premier à concéder que nous aurions beaucoup à gagner à nous débarrasser de notre dépendance aux énergies fossiles. Mais la réalité c’est que les sources alternatives d’énergie ne sont pas au point et ne peuvent remplacer le pétrole en ce moment. Ce qui ne veut certainement pas dire que ça n’arrivera pas un jour. Mais au moment d’écrire ces lignes, compte tenu du fait que nous ne sommes pas prêts à modifier notre façon de vivre, rien ne peut supplanter l’utilisation du pétrole.

Au Québec, ce ne sont rien de moins que 300 000 barils de pétrole qui sont consommés quotidiennement. Et ce n’est pas près de diminuer. La demande en énergie de toute sorte augmente annuellement et ce, malgré les campagnes de sensibilisation et les incitatifs fiscaux pour y parvenir. Le pétrole n’y échappe pas.

Nous avons une économie fragile, qui repose sur l’exploitation de ressources réparties, comme sa population, sur un immense territoire. Notre style de vie dépend du secteur des transports. Ça ne changera pas à court terme. Les transports collectifs pourraient aider à endiguer l’augmentation de notre consommation de pétrole, mais ne réussiront pas à diminuer radicalement celle-ci.
En fait, la problématique se résume simplement. Tant qu’un substitut presque parfait au pétrole n’existera pas, nous ne changerons pas notre style de vie. Aussi triste que ce soit, l’équation s’arrête là pour la vaste majorité des Québécois. On ne reviendra pas aux chevaux et aux traineaux à chiens ! La bicyclette, c’est correct mais rien ne nous fera abandonner la liberté que procure l’automobile. Une autre hypocrisie. On est « contre » le pétrole mais, à quelques exceptions près, « POUR » nos automobiles, « POUR » nos fruits et légumes frais en plein mois de janvier, « POUR » la livraison gratuite partout en province de Brault et Martineau…

Troisième chose à retenir : Nous sommes égoïstes.
Nous sommes « verts » par pur chance. La vérité, c’est que l’on consomme autant de pétrole que les autres, à l’exception du chauffage. À cause de cela, on se permet d’adopter une attitude de supériorité morale que nous ne méritons pas.

Qui plus est, nous évacuons complètement de notre raisonnement le fait que le pétrole que nous consommons vient à 85% de l’étranger. Nous importons plus du quart de notre pétrole de l’Algérie. Viennent ensuite le Royaume-Unis, les Maritimes, l’Angola et le Mexique. Ces pays aussi doivent vivre avec les conséquences environnementales liées à l’exploitation pétrolière. Et nous nous en foutons complètement. Nous sommes des « verts sélectifs », choisissant bien hypocritement une attitude de « pas dans mon jardin » face au pétrole que nous consommons. La mise en place d’un oléoduc qui pourrait éventuellement approvisionner le Québec en pétrole canadien serait bien plus responsable et cohérent comme choix que de laisser à l’Europe et à l’Afrique l’odieux des dégâts potentiels liés aux choix que nous faisons.

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D’ailleurs, dans tout le discours émotif et écervelé entourant l’oléoduc Énergie Est, combien de fois avons-nous entendu les opposants au pétrole des sables bitumineux pester contre l’utilisation du fleuve St-Laurent pour acheminer « le pétrole sale » de l’Alberta ? Ces gens ne tolèreraient pas le pétrole « Made in Canada » mais ne semblent pas avoir d’objection à l’importation massive de pétrole européen et africain ? Dites-moi que je rêve !

Quelle hypocrisie !
Nous n’arrêterons pas de consommer du pétrole demain matin, à moins d’une percée technologique majeure. Entre temps, quel est le geste le plus responsable à poser ?

Même si le projet Énergie Est ne prévoit pas, en ce moment, approvisionner le Québec en pétrole albertain, rien n’indique que c’est exclu. En fait, ça tomberait sous le sens puisque le pétrole canadien est moins cher que celui que nous importons. Sans compter les économies liées au transport. Les consommateurs québécois en tireraient un avantage non négligeable à la pompe. Les différents gouvernements y trouveraient leur compte avec les emplois ainsi générés. Le Québec ne fait pas exception, notamment, dans la région de Cacouna, alors que le projet récolte l’adhésion des chambres de commerce et des habitants qui, ultimement, en bénéficieront.

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Au-delà des avantages économiques, il y a aussi le devoir de responsabilité environnementale. Le fait de consommer un produit canadien nous permet d’être vigilants sur les méthodes de production, sur les contrôles environnementaux. Nous ne serons pas parfaits mais, au moins, nous serons imputables directement.

Y a-t-il des risques ? Bien entendu, comme dans n’importe quoi. Mais comme nous ne sommes nullement en voie d’éliminer notre consommation de pétrole et que nous nous braquons devant toute forme de changement, ne venez pas me dire que c’est la crainte des risques entourant ce projet qui vous motive. Car, une fois ces constats admis, pourquoi ne pas laisser tomber les hypocrisies et dire, simplement, qu’on est juste « CONTRE » le pétrole « CANADIAN » ?

Le troublant trou noir référendaire !

Je ne connais personne qui ne se soit senti interpellé par l’appel aux troupes lancé par le « Sauveur » Pierre Karl Péladeau, lors de sa désormais célèbre conférence de presse annonçant sa candidature au sein du Parti Québécois.

Les partisans de l’option référendaire ont reconnu dans ce poing levé par inadvertance le signal tant attendu pour la mobilisation que ne semblait pas vouloir donner le gouvernement de Pauline Marois. Enfin, le « Grand Enjeu » était mis de l’avant dans cette campagne. Il était temps. Plus que temps. Merci au Messie de Quebecor.

Pierre-Karl-Péladeau-PQ

Pour les opposants, ce fut la manne inespérée. Les questions économiques sont importantes pour les Québécois, mais rien ne suscite le niveau d’émotion d’un bon débat identitaire. On sait très bien, surtout chez les Libéraux, que cette émotion précédemment mentionnée justifiait en grande partie l’enthousiasme autour de la question de la Charte des Valeurs québécoises. Et le PLQ tirait lourdement de l’arrière sur la question, avec une position on ne peut moins claire, on ne peut plus ambigüe, alambiquée…. Et vint psalmodier PKP. Enfin, on recentre la campagne sur un terrain où l’on peut gagner ! Depuis, l’étau se resserre. Les résultats des sondages, pour peu qu’ils traduisent adéquatement les sentiments sur le terrain, placent PQ et PLQ au coude à coude aujourd’hui. Et c’est là tout le drame.

Parce que, une fois qu’on traverse le brouillard d’émotivité nationale, que reste-t-il des enjeux importants ?
Où se trouvent les débats sérieux sur le redressement des finances publiques ? La condition des ainés ? Le renouvellement des infrastructures ? L’emploi ? La réforme de la fiscalité ? Le commerce international ? L’entreprenariat ? La performance de nos écoles ? La réforme des syndicats ? La valorisation de la Voie maritime du St-Laurent ? La politique d’occupation de territoire ? La réforme du système de santé ? La productivité économique ? La dette du Québec ? La formation de la main d’œuvre ? L’immigration ? La souveraineté alimentaire et, plus globalement, l’agriculture ? La politique énergétique ? La langue de travail et d’enseignement ? La taxe santé ? Les fonds de retraite ? Les négociations à venir avec les employés du secteur public ? La valorisation du Nord québécois ? La place des programmes sociaux et la redéfinition des rôles de l’État ? Et j’en passe…

Je comprends. Je comprends…. Pour paraphraser Lise Dion, parler de tout ça, c’est aussi palpitant que de regarder germer des patates dans l’fond du garde-manger. Parce que parler de fiscalité, ça ne génère rien. C’est important, mais c’est « plate ». Alors, encore une fois, nous nous retrouvons plongés dans l’axe contre-productif du sempiternel débat fédéraliste-souverainiste.
Ça fait peut-être l’affaire de ben du monde puisque ça rend l’élection facile à digérer. Ça nous demande moins d’efforts pour comprendre et, surtout, se faire une tête sur de telles questions.
Mais à 80 millions de dollars par élections, ça me semble cher pour succomber à la dictature perpétuelle de l’émotion.