Le troublant trou noir référendaire !

Je ne connais personne qui ne se soit senti interpellé par l’appel aux troupes lancé par le « Sauveur » Pierre Karl Péladeau, lors de sa désormais célèbre conférence de presse annonçant sa candidature au sein du Parti Québécois.

Les partisans de l’option référendaire ont reconnu dans ce poing levé par inadvertance le signal tant attendu pour la mobilisation que ne semblait pas vouloir donner le gouvernement de Pauline Marois. Enfin, le « Grand Enjeu » était mis de l’avant dans cette campagne. Il était temps. Plus que temps. Merci au Messie de Quebecor.

Pierre-Karl-Péladeau-PQ

Pour les opposants, ce fut la manne inespérée. Les questions économiques sont importantes pour les Québécois, mais rien ne suscite le niveau d’émotion d’un bon débat identitaire. On sait très bien, surtout chez les Libéraux, que cette émotion précédemment mentionnée justifiait en grande partie l’enthousiasme autour de la question de la Charte des Valeurs québécoises. Et le PLQ tirait lourdement de l’arrière sur la question, avec une position on ne peut moins claire, on ne peut plus ambigüe, alambiquée…. Et vint psalmodier PKP. Enfin, on recentre la campagne sur un terrain où l’on peut gagner ! Depuis, l’étau se resserre. Les résultats des sondages, pour peu qu’ils traduisent adéquatement les sentiments sur le terrain, placent PQ et PLQ au coude à coude aujourd’hui. Et c’est là tout le drame.

Parce que, une fois qu’on traverse le brouillard d’émotivité nationale, que reste-t-il des enjeux importants ?
Où se trouvent les débats sérieux sur le redressement des finances publiques ? La condition des ainés ? Le renouvellement des infrastructures ? L’emploi ? La réforme de la fiscalité ? Le commerce international ? L’entreprenariat ? La performance de nos écoles ? La réforme des syndicats ? La valorisation de la Voie maritime du St-Laurent ? La politique d’occupation de territoire ? La réforme du système de santé ? La productivité économique ? La dette du Québec ? La formation de la main d’œuvre ? L’immigration ? La souveraineté alimentaire et, plus globalement, l’agriculture ? La politique énergétique ? La langue de travail et d’enseignement ? La taxe santé ? Les fonds de retraite ? Les négociations à venir avec les employés du secteur public ? La valorisation du Nord québécois ? La place des programmes sociaux et la redéfinition des rôles de l’État ? Et j’en passe…

Je comprends. Je comprends…. Pour paraphraser Lise Dion, parler de tout ça, c’est aussi palpitant que de regarder germer des patates dans l’fond du garde-manger. Parce que parler de fiscalité, ça ne génère rien. C’est important, mais c’est « plate ». Alors, encore une fois, nous nous retrouvons plongés dans l’axe contre-productif du sempiternel débat fédéraliste-souverainiste.
Ça fait peut-être l’affaire de ben du monde puisque ça rend l’élection facile à digérer. Ça nous demande moins d’efforts pour comprendre et, surtout, se faire une tête sur de telles questions.
Mais à 80 millions de dollars par élections, ça me semble cher pour succomber à la dictature perpétuelle de l’émotion.