L’hypocrisie énergétique

La présence de Gabriel Nadeau-Dubois à l’émission Tout Le Monde En Parle hier avait l’heur de m’irriter.

Par principe, d’abord. Parce que je ne comprends pas l’entichement qu’éprouvent certains face à cet individu qui n’a, pour seul accomplissement, que la capacité de se réclamer d’avoir temporairement incarné la frange subversive d’une contestation populaire outrageusement gonflée. Mais davantage encore après sa sortie contre le projet d’oléoduc Énergie Est, de Trans-Canada. L’ex leader étudiant aurait amassé 100 000 $ pour soutenir la contestation face à ce projet.

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À partir de là, je me sens une petite gêne s’installer.

Parce que, pour tout l’amour de la planète que je ne te me vous ai, je ne suis incapable à ce jour de comprendre pourquoi on s’objecte à ce projet. La sécurité d’un pipeline ? Les « risques environnementaux » ?

Misère.

J’ai toujours eu de la difficulté à me réconcilier avec le discours énergétique dominant au Québec. On se croit collectivement si « verts » qu’on n’éprouve aucun embarras à faire la morale aux autres. Nous avons nos grands orateurs nationaux, champions des énergies vertes, fomenteurs des discours alarmistes sur le pétrole, le gaz de schiste, l’énergie nucléaire. Au Québec, on a le monopole de la vertu… Ben oui. Qui est contre la vertu ? Aussi bien chercher ceux qui sont contre la tarte aux pommes.

Comprenons-nous bien. Je ne suis pas un climato-sceptique, loin de là. On tend cependant à faire abstraction des faits dans l’argumentaire collectif. Ça nous arrange, voyez-vous ? Ça aide à tourner les coins ronds dans nos réflexions.

Première chose à retenir : Nous sommes chanceux.
Nous nous sentons « plus verts » parce que nous consommons moins de pétrole que le reste des Canadiens grâce à l’hydroélectricité. Cet état de chose repose sur un accident de l’histoire que l’on tend à oublier parce que nous avons le nez collé dessus. La production d’hydroélectricité de masse dépend de la présence d’un réseau hydrographique favorable au développement de ce type d’énergie.

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Et c’est là l’une des premières sources d’hypocrisie. Nous ne sommes verts QUE parce que nous avons à notre disposition des conditions géographiques favorables et, de ce fait, de l’énergie « plutôt propre », fait rarissime sur la planète. Je suis persuadé, si nous avions eu des sables bitumineux au Québec à la place de nos grandes rivières, que la très vaste majorité d’entre nous, devant le choix de les exploiter pour financer les services sociaux, deviendrait soudainement défenderesse des vertus du pétrole. Ou, à tout le moins, mettrait ses objections de côté, le temps d’effacer le déficit et de baisser le niveau d’imposition. J’en ai pour preuve l’envie à peine voilée que l’on exprime face à l’Alberta quand vient le temps de comparer les régimes fiscaux, les rapports d’impôts et le revenu disponible.

En plus, lorsque l’on s’intéresse le moindrement au bilan énergétique du Québec, nous constatons que, malgré nos prétentions, nous consommons autant de pétrole que nous consommons d’électricité. En 2013, l’électricité représentait 40,1% de notre consommation d’énergie, alors que le pétrole représentait 39,1% de l’énergie consommée. Et lorsque l’on analyse un peu plus en détail les données de Statistique Canada, on se rend compte qu’à lui seul, le secteur du transport « carbure » à 99,7 % au pétrole. Autrement dit, une chance qu’on chauffe principalement à l’électricité parce que, dans les autres secteurs, on ne fait pas mieux que les autres.

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Deuxième chose à retenir : Au Québec, on « aime » le pétrole.
Je suis le premier à concéder que nous aurions beaucoup à gagner à nous débarrasser de notre dépendance aux énergies fossiles. Mais la réalité c’est que les sources alternatives d’énergie ne sont pas au point et ne peuvent remplacer le pétrole en ce moment. Ce qui ne veut certainement pas dire que ça n’arrivera pas un jour. Mais au moment d’écrire ces lignes, compte tenu du fait que nous ne sommes pas prêts à modifier notre façon de vivre, rien ne peut supplanter l’utilisation du pétrole.

Au Québec, ce ne sont rien de moins que 300 000 barils de pétrole qui sont consommés quotidiennement. Et ce n’est pas près de diminuer. La demande en énergie de toute sorte augmente annuellement et ce, malgré les campagnes de sensibilisation et les incitatifs fiscaux pour y parvenir. Le pétrole n’y échappe pas.

Nous avons une économie fragile, qui repose sur l’exploitation de ressources réparties, comme sa population, sur un immense territoire. Notre style de vie dépend du secteur des transports. Ça ne changera pas à court terme. Les transports collectifs pourraient aider à endiguer l’augmentation de notre consommation de pétrole, mais ne réussiront pas à diminuer radicalement celle-ci.
En fait, la problématique se résume simplement. Tant qu’un substitut presque parfait au pétrole n’existera pas, nous ne changerons pas notre style de vie. Aussi triste que ce soit, l’équation s’arrête là pour la vaste majorité des Québécois. On ne reviendra pas aux chevaux et aux traineaux à chiens ! La bicyclette, c’est correct mais rien ne nous fera abandonner la liberté que procure l’automobile. Une autre hypocrisie. On est « contre » le pétrole mais, à quelques exceptions près, « POUR » nos automobiles, « POUR » nos fruits et légumes frais en plein mois de janvier, « POUR » la livraison gratuite partout en province de Brault et Martineau…

Troisième chose à retenir : Nous sommes égoïstes.
Nous sommes « verts » par pur chance. La vérité, c’est que l’on consomme autant de pétrole que les autres, à l’exception du chauffage. À cause de cela, on se permet d’adopter une attitude de supériorité morale que nous ne méritons pas.

Qui plus est, nous évacuons complètement de notre raisonnement le fait que le pétrole que nous consommons vient à 85% de l’étranger. Nous importons plus du quart de notre pétrole de l’Algérie. Viennent ensuite le Royaume-Unis, les Maritimes, l’Angola et le Mexique. Ces pays aussi doivent vivre avec les conséquences environnementales liées à l’exploitation pétrolière. Et nous nous en foutons complètement. Nous sommes des « verts sélectifs », choisissant bien hypocritement une attitude de « pas dans mon jardin » face au pétrole que nous consommons. La mise en place d’un oléoduc qui pourrait éventuellement approvisionner le Québec en pétrole canadien serait bien plus responsable et cohérent comme choix que de laisser à l’Europe et à l’Afrique l’odieux des dégâts potentiels liés aux choix que nous faisons.

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D’ailleurs, dans tout le discours émotif et écervelé entourant l’oléoduc Énergie Est, combien de fois avons-nous entendu les opposants au pétrole des sables bitumineux pester contre l’utilisation du fleuve St-Laurent pour acheminer « le pétrole sale » de l’Alberta ? Ces gens ne tolèreraient pas le pétrole « Made in Canada » mais ne semblent pas avoir d’objection à l’importation massive de pétrole européen et africain ? Dites-moi que je rêve !

Quelle hypocrisie !
Nous n’arrêterons pas de consommer du pétrole demain matin, à moins d’une percée technologique majeure. Entre temps, quel est le geste le plus responsable à poser ?

Même si le projet Énergie Est ne prévoit pas, en ce moment, approvisionner le Québec en pétrole albertain, rien n’indique que c’est exclu. En fait, ça tomberait sous le sens puisque le pétrole canadien est moins cher que celui que nous importons. Sans compter les économies liées au transport. Les consommateurs québécois en tireraient un avantage non négligeable à la pompe. Les différents gouvernements y trouveraient leur compte avec les emplois ainsi générés. Le Québec ne fait pas exception, notamment, dans la région de Cacouna, alors que le projet récolte l’adhésion des chambres de commerce et des habitants qui, ultimement, en bénéficieront.

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Au-delà des avantages économiques, il y a aussi le devoir de responsabilité environnementale. Le fait de consommer un produit canadien nous permet d’être vigilants sur les méthodes de production, sur les contrôles environnementaux. Nous ne serons pas parfaits mais, au moins, nous serons imputables directement.

Y a-t-il des risques ? Bien entendu, comme dans n’importe quoi. Mais comme nous ne sommes nullement en voie d’éliminer notre consommation de pétrole et que nous nous braquons devant toute forme de changement, ne venez pas me dire que c’est la crainte des risques entourant ce projet qui vous motive. Car, une fois ces constats admis, pourquoi ne pas laisser tomber les hypocrisies et dire, simplement, qu’on est juste « CONTRE » le pétrole « CANADIAN » ?

Publié par

Martin Pouliot

Martin Pouliot

Animateur radio pendant plus de 12 ans, je commente l'actualité et analyse les décisions afin de mieux comprendre les grands enjeux qui nous touchent. Je ne suis ni de gauche, ni de droite, je tente de me ranger du côté du respect des différences et du respect de l'individu.

3 comments
mikehug
mikehug

Si je le pouvais je demanderais à ce jeune blanc bec qui se prends pour le nombril du qc. avec quoi il voyage pour ses déplacements ? En auto ? Si oui a-il un auto électrique ? Si non qui se la ferme. Je crois qu'il est seulement un profiteur et qu'il va s'en mettre dans les poches de cette argent qui lui tombe du ciel par des gens qui se font aveugler par des parasites.

Michel caron