Honni soit qui mal y pense

Mike Ward disait dans un de ses premiers spectacles que, au Québec « On aime ça être outré». Par cette expression, il voulait souligner le fait que nous avons un talent fou pour élever en catastrophe des enjeux creux et sans substance.

La polémique absurde entourant la publicité de l’humoriste Sugar Sammy, écrite en anglais, dans laquelle il souhaite « avoir une plainte de l’Office de la Langue française » pour noël nous le démontre bien. Elle révèle qu’au Québec, nous n’éprouvons aucune gêne à nous enliser dans une autre fausse crise, devant un autre non-enjeu. Encore une fois, la sphère publique est soumise au caquetage des irascibles intégristes fleurs-de-lisés, des épouvantails de la langue française.

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Un proverbe arabe dit : « Ne parle que si tu es certain que ce que tu as à dire est plus beau que le silence ». C’est beaucoup trop espérer de la SSJB (Société St-Jean Baptiste) qui, comme une truite écervelée, mord à l’hameçon du coloré humoriste à pleine bouche.

Dans un article publié aujourd’hui, la SSJB vilipende Sugar Sammy en affirmant qu’il « crache au visage des francophones » et qu’il « diabolise » les efforts consentis afin de protéger la langue française.

Leur président, Maxime Laporte, le nouvel ayatollah de la langue française au Québec, n’arrête pas là. Il pousse l’idiotie et l’ignorance jusqu’à dire que l’humoriste « exploite systématiquement un discours de mépris à l’égard des Québécois », enfourchant du coup son destrier linguistique, fourbissant ses armes pour sa prochaine croisade. Il n’en fera qu’une seule bouchée de ce salopard d’humoriste. Sugar Sammy peut se le tenir pour dit ! Pffft ! Comment perdre le peu de crédibilité que possédait encore la SSJB…

Perplexe

Avons-nous perdu tout sens de l’humour au Québec ? Toute perspective ?

Je ne comprends rien. Je m’en confesse humblement.

Qui sont ces crétins qui ne comprennent pas qu’il s’agit d’une blague ? D’un exercice marketing qui n’a RIEN À VOIR avec une atteinte à la langue ou à l’intégrité des francophones ? Quels sont ces tarés qui s’offusquent contre cette manœuvre purement ironique ? Comme l’aurait dit Achille Talon : « Cette cuistrerie ne passera pas ! »

J’ai toujours été un grand défenseur de la langue française. Lorsque j’exerçais le métier d’animateur radio, j’ai toujours fait un effort pour utiliser une langue relevée (au grand désespoir de mes patrons… mais ça, on pourrait en parler longuement) par amour pour cet important héritage culturel. Alors pourquoi ne suis-je aucunement outré par cette publicité semi-criarde, semi-ludique ?

Peut-être parce que j’ai vu Sugar Sammy en spectacle et que je l’ai trouvé drôle, intelligent, charmant, baveux à souhait, irrévérencieux envers les immigrants comme les Québécois. Peut-être parce que j’ai compris qu’il utilise sa propre diversité, sa propre expérience comme matière première et que, en spectacle, il s’efforce de faire goûter celle-ci à son public à l’aide des moyens qu’il maîtrise. Certains humoristes utilisent l’absurdité, certains les jeux de mots. D’autres encore, choisissent la vulgarité. Sugar Sammy fait ses choux gras des « purs et durs », des « nationaleux », des « indépendantistes ». Et alors ? Les Zapartistes en faisaient tout autant avec les fédéralistes… et personne ne les dénonçait à pleine page dans les journaux.

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Les Québécois en ont ras le pompon de la fumisterie, de la « bullshit ». Spécialement celle entourant la question « nationale » et celle entourant la langue. Non pas parce qu’ils prennent leur identité culturelle et linguistique à la légère mais bien davantage parce que, à force d’entendre crier au loup de manière chronique et pour de falotes raisons, une proportion de plus en plus significative de la population, engourdie à force de les frapper vainement au cœur à grands coups de madrier patriotique, se désintéresse maintenant de ces vitales questions.

Il y a là une leçon importante pour les défenseurs de la langue : L’inutile corrompt irrémédiablement l’important. Arrêtez de brasser de la « merde » à tort et à travers. Parce que, en inondant l’espace public de faux débats, de creuses controverses, on finit par perdre de vue les vrais enjeux, ceux qui méritent vraiment l’attention et la mobilisation des Québécois. À sentimentaliser à outrance les Québécois, on a fini par les essouffler, comme en témoigne l’adhésion anémique à l’option souverainiste. À faire de n’importe quelle galéjade une crise nationale, l’intérêt d’une vaste majorité de Québécois finira par fondre plus vite que la sorcière du « Magicien d’Oz ».

Le grand gagnant dans tout cela ? Sugar Sammy. Il l’a eu, son cadeau. Pas la plainte à l’OQLF. Non… mais, comme un gamin muni d’une fronde et visant un nid de guêpes, il se tape les genoux en se délectant devant l’essaim furibond virevoltant frénétiquement, cherchant vainement la cause de son émoi.

L’hypocrisie énergétique

La présence de Gabriel Nadeau-Dubois à l’émission Tout Le Monde En Parle hier avait l’heur de m’irriter.

Par principe, d’abord. Parce que je ne comprends pas l’entichement qu’éprouvent certains face à cet individu qui n’a, pour seul accomplissement, que la capacité de se réclamer d’avoir temporairement incarné la frange subversive d’une contestation populaire outrageusement gonflée. Mais davantage encore après sa sortie contre le projet d’oléoduc Énergie Est, de Trans-Canada. L’ex leader étudiant aurait amassé 100 000 $ pour soutenir la contestation face à ce projet.

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À partir de là, je me sens une petite gêne s’installer.

Parce que, pour tout l’amour de la planète que je ne te me vous ai, je ne suis incapable à ce jour de comprendre pourquoi on s’objecte à ce projet. La sécurité d’un pipeline ? Les « risques environnementaux » ?

Misère.

J’ai toujours eu de la difficulté à me réconcilier avec le discours énergétique dominant au Québec. On se croit collectivement si « verts » qu’on n’éprouve aucun embarras à faire la morale aux autres. Nous avons nos grands orateurs nationaux, champions des énergies vertes, fomenteurs des discours alarmistes sur le pétrole, le gaz de schiste, l’énergie nucléaire. Au Québec, on a le monopole de la vertu… Ben oui. Qui est contre la vertu ? Aussi bien chercher ceux qui sont contre la tarte aux pommes.

Comprenons-nous bien. Je ne suis pas un climato-sceptique, loin de là. On tend cependant à faire abstraction des faits dans l’argumentaire collectif. Ça nous arrange, voyez-vous ? Ça aide à tourner les coins ronds dans nos réflexions.

Première chose à retenir : Nous sommes chanceux.
Nous nous sentons « plus verts » parce que nous consommons moins de pétrole que le reste des Canadiens grâce à l’hydroélectricité. Cet état de chose repose sur un accident de l’histoire que l’on tend à oublier parce que nous avons le nez collé dessus. La production d’hydroélectricité de masse dépend de la présence d’un réseau hydrographique favorable au développement de ce type d’énergie.

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Et c’est là l’une des premières sources d’hypocrisie. Nous ne sommes verts QUE parce que nous avons à notre disposition des conditions géographiques favorables et, de ce fait, de l’énergie « plutôt propre », fait rarissime sur la planète. Je suis persuadé, si nous avions eu des sables bitumineux au Québec à la place de nos grandes rivières, que la très vaste majorité d’entre nous, devant le choix de les exploiter pour financer les services sociaux, deviendrait soudainement défenderesse des vertus du pétrole. Ou, à tout le moins, mettrait ses objections de côté, le temps d’effacer le déficit et de baisser le niveau d’imposition. J’en ai pour preuve l’envie à peine voilée que l’on exprime face à l’Alberta quand vient le temps de comparer les régimes fiscaux, les rapports d’impôts et le revenu disponible.

En plus, lorsque l’on s’intéresse le moindrement au bilan énergétique du Québec, nous constatons que, malgré nos prétentions, nous consommons autant de pétrole que nous consommons d’électricité. En 2013, l’électricité représentait 40,1% de notre consommation d’énergie, alors que le pétrole représentait 39,1% de l’énergie consommée. Et lorsque l’on analyse un peu plus en détail les données de Statistique Canada, on se rend compte qu’à lui seul, le secteur du transport « carbure » à 99,7 % au pétrole. Autrement dit, une chance qu’on chauffe principalement à l’électricité parce que, dans les autres secteurs, on ne fait pas mieux que les autres.

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Deuxième chose à retenir : Au Québec, on « aime » le pétrole.
Je suis le premier à concéder que nous aurions beaucoup à gagner à nous débarrasser de notre dépendance aux énergies fossiles. Mais la réalité c’est que les sources alternatives d’énergie ne sont pas au point et ne peuvent remplacer le pétrole en ce moment. Ce qui ne veut certainement pas dire que ça n’arrivera pas un jour. Mais au moment d’écrire ces lignes, compte tenu du fait que nous ne sommes pas prêts à modifier notre façon de vivre, rien ne peut supplanter l’utilisation du pétrole.

Au Québec, ce ne sont rien de moins que 300 000 barils de pétrole qui sont consommés quotidiennement. Et ce n’est pas près de diminuer. La demande en énergie de toute sorte augmente annuellement et ce, malgré les campagnes de sensibilisation et les incitatifs fiscaux pour y parvenir. Le pétrole n’y échappe pas.

Nous avons une économie fragile, qui repose sur l’exploitation de ressources réparties, comme sa population, sur un immense territoire. Notre style de vie dépend du secteur des transports. Ça ne changera pas à court terme. Les transports collectifs pourraient aider à endiguer l’augmentation de notre consommation de pétrole, mais ne réussiront pas à diminuer radicalement celle-ci.
En fait, la problématique se résume simplement. Tant qu’un substitut presque parfait au pétrole n’existera pas, nous ne changerons pas notre style de vie. Aussi triste que ce soit, l’équation s’arrête là pour la vaste majorité des Québécois. On ne reviendra pas aux chevaux et aux traineaux à chiens ! La bicyclette, c’est correct mais rien ne nous fera abandonner la liberté que procure l’automobile. Une autre hypocrisie. On est « contre » le pétrole mais, à quelques exceptions près, « POUR » nos automobiles, « POUR » nos fruits et légumes frais en plein mois de janvier, « POUR » la livraison gratuite partout en province de Brault et Martineau…

Troisième chose à retenir : Nous sommes égoïstes.
Nous sommes « verts » par pur chance. La vérité, c’est que l’on consomme autant de pétrole que les autres, à l’exception du chauffage. À cause de cela, on se permet d’adopter une attitude de supériorité morale que nous ne méritons pas.

Qui plus est, nous évacuons complètement de notre raisonnement le fait que le pétrole que nous consommons vient à 85% de l’étranger. Nous importons plus du quart de notre pétrole de l’Algérie. Viennent ensuite le Royaume-Unis, les Maritimes, l’Angola et le Mexique. Ces pays aussi doivent vivre avec les conséquences environnementales liées à l’exploitation pétrolière. Et nous nous en foutons complètement. Nous sommes des « verts sélectifs », choisissant bien hypocritement une attitude de « pas dans mon jardin » face au pétrole que nous consommons. La mise en place d’un oléoduc qui pourrait éventuellement approvisionner le Québec en pétrole canadien serait bien plus responsable et cohérent comme choix que de laisser à l’Europe et à l’Afrique l’odieux des dégâts potentiels liés aux choix que nous faisons.

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D’ailleurs, dans tout le discours émotif et écervelé entourant l’oléoduc Énergie Est, combien de fois avons-nous entendu les opposants au pétrole des sables bitumineux pester contre l’utilisation du fleuve St-Laurent pour acheminer « le pétrole sale » de l’Alberta ? Ces gens ne tolèreraient pas le pétrole « Made in Canada » mais ne semblent pas avoir d’objection à l’importation massive de pétrole européen et africain ? Dites-moi que je rêve !

Quelle hypocrisie !
Nous n’arrêterons pas de consommer du pétrole demain matin, à moins d’une percée technologique majeure. Entre temps, quel est le geste le plus responsable à poser ?

Même si le projet Énergie Est ne prévoit pas, en ce moment, approvisionner le Québec en pétrole albertain, rien n’indique que c’est exclu. En fait, ça tomberait sous le sens puisque le pétrole canadien est moins cher que celui que nous importons. Sans compter les économies liées au transport. Les consommateurs québécois en tireraient un avantage non négligeable à la pompe. Les différents gouvernements y trouveraient leur compte avec les emplois ainsi générés. Le Québec ne fait pas exception, notamment, dans la région de Cacouna, alors que le projet récolte l’adhésion des chambres de commerce et des habitants qui, ultimement, en bénéficieront.

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Au-delà des avantages économiques, il y a aussi le devoir de responsabilité environnementale. Le fait de consommer un produit canadien nous permet d’être vigilants sur les méthodes de production, sur les contrôles environnementaux. Nous ne serons pas parfaits mais, au moins, nous serons imputables directement.

Y a-t-il des risques ? Bien entendu, comme dans n’importe quoi. Mais comme nous ne sommes nullement en voie d’éliminer notre consommation de pétrole et que nous nous braquons devant toute forme de changement, ne venez pas me dire que c’est la crainte des risques entourant ce projet qui vous motive. Car, une fois ces constats admis, pourquoi ne pas laisser tomber les hypocrisies et dire, simplement, qu’on est juste « CONTRE » le pétrole « CANADIAN » ?

Les vérités qui dérangent… ou exemple d’un féminisme désarçonné.

OK… Voilà ma réponse à ce texte: La misogynie a-t-elle eu raison de Pauline Marois? (ELLE EST LONGUE).

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Affirmer que le Québec est misogyne pour expliquer la défaite de Pauline Marois, c’est comme blâmer McDonald pour l’épidémie d’obésité qui sévit en Occident. On cherche un bouc émissaire qui a le dos large et on peinture au rouleau. Pas besoin de finesse. Pas besoin de nuance dans les tons. Il faut vraiment être tarée et avoir une piètre opinion du Québec pour avancer une telle sottise.

La défaite du PQ est due à plusieurs facteurs. Mais avant de s’y attarder, je concède à Madame Faguy (l’auteure du texte) qu’en 2013, la population du Québec a voté contre Jean Charest et non pour Pauline Marois. La preuve, c’est que, malgré toutes les allégations et le climat malsain à l’Assemblée Nationale (fomenté par le PQ, Madame Marois en tête, carré Rouge et casseroles en mains), le PLQ a quand même su faire élire 54 députés. La lecture de cette élection était relativement simple : « Exit Jean Charest, il a été usé par dix ans de pouvoir. Le PQ ? Ok, vous brassez la cage depuis 3 ans sans arrêt. Montrez ce que vous pouvez faire… mais on vous avertis, on a la mèche pas mal courte », de dire des électeurs passablement cyniques. Le PQ n’a pas compris cela et a gouverné en troufion syphilitique. Le pétard a fini par sauter.

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Rappelons-nous de quelques éléments.
D’abord, les promesses de la campagne électorale non-respectées.
Taxer les minières et revoir les redevances ? RIEN. Établir une exigence de 2e et 3e transformation pour les produits miniers en territoire québécois ? RIEN. Abolition de la Taxe Santé ? Rien. Révision de la fiscalité à l’égard des gains en capitaux ? NIET. Abolition de l’augmentation des tarifs d’électricité sur le bloc patrimonial ? NADA. Abolition du Fonds des générations ? NOTHING. Abolition de la hausse des droits de scolarité ? OUI, ce fut fait… mais remplacé par des modifications au régime fiscal MOINS AVANTAGEUSES pour les étudiants et leurs parents que ce qui était proposé par le PLQ. Augmentation du personnel professionnel et des employés de soutien dans les écoles ? RIEN. Modification du financement des écoles privées ? RIEN. Chantier d’alphabétisation ? RIEN. Une place pour chaque enfant en CPE ?

RIEN de nouveau, seulement l’investissement déjà prévu par le budget présenté par le PLQ. Plateforme d’information régionale pour Télé-Québec ? RIEN. Création d’Espaces Québec afin de faire rayonner le savoir-faire québécois dans les pays où nous avons des intérêts économiques, politiques, scientifiques et culturels ? RIEN. Un médecin de famille pour chaque québécois ? On garde le cap sur la politique mise en place par les Libéraux. Autonomie de gestion et réforme du financement des établissements de santé ? RIEN. Instaurer des congés familiaux qui permettront aux parents de faire face à leurs obligations auprès des enfants ou aux proches de prendre soin des personnes vulnérables, handicapées ou âgées ? RIEN NON PLUS. Assurance Autonomie ? RIEN. Logement sociaux (Rénovation et construction) ? RIEN à courts termes. Élargissement d’accès à l’Aide Juridique ? RIEN. Investissement pour le développement du transport en commun, notamment à Québec et Montréal ? RIEN. Stratégie de développement du secteur manufacturier ? NADA. Élargissement du mandat de la CDPQ ? RIEN. Programme d’aide à la relève entrepreneuriale ? RIEN. Branchement de toutes les municipalités à Internet Haute-Vitesse ? RIEN. Réorganisation (NOOOOONNN , c’est pas la même chose que « Réingénierie ») de l’État ? À part 2000 postes à Hydro-Québec, RIEN !

Sans compter l’augmentation des taxes de 0,50$ sur le tabac, 0,03$ par bouteille de bière, 0,17$ par bouteille de vin et 0,26$ par bouteille de spiritueux.
Ensuite, on semble oublier que ce fut le Gouvernement des reculs. Pas d’étalement de la hausse des salaires des médecins. Pas de transformation du MTQ en « Agence » indépendante. Pas de refonte des redevances minières alors qu’on avait BLOQUÉ le projet de refonte du PLQ et qu’on en avait fait un vaste plat lors des élections. Pas non plus de réforme des CÉGEP, alors qu’on avait promis d’appliquer les mêmes normes qu’aux primaire et au secondaire en matière linguistique. C’est une excellente chose que d’avoir reculé sur ce point, mais c’est tout de même un recul sur une promesse qui n’aurait jamais dû être faite au départ. D’ailleurs, on avait promis une loi 101 plus contraignante face aux immigrants. Là-dessus aussi, on avait reculé. Que dire aussi des coupures « paramétriques » de 5% dans le secteur universitaire annoncées par le Ministre Pierre Duchesne en décembre 2013… alors que Pauline Marois avait, à quelques jours du Sommet sur l’Enseignement supérieur tenu le 25 et le 26 février précédent, annoncé un investissement de 800 millions de dollars sur 5 ans.

Et les bourdes ? On oublie les bourdes ? Comme la nomination d’André Boisclair comme Délégué Général du Québec à New-York ET sa nomination parallèle comme sous-ministre adjoint au Ministère des Relations internationales. Un scandale ? Pas certain. Un précédent ayant toutes les apparences de favoritisme ? Amplement.

Sous le même thème, rappelez-vous de tout le bruit que Madame Marois avait fait au sujet des nominations partisanes du PLQ. Elle avait même mis sur pied un « Comité des Sages » chargé de se pencher sur les nominations partisanes… mais dont le mandat ne serait limité qu’aux 9 ans du Gouvernement Charest… Sérieusement ? Alors qu’en même temps, on fout à la porte de l’Agence Métropolitaine de Transport le PDG par intérim, Paul Côté pour le remplacé par l’ancien député Nicolas Girard… qui RÉEMBAUCHE Paul Côté comme « PDG adjoint », ne connaissant rien aux transports.

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Et le voyage de Mme Marois en Écosse. Le Premier Ministre écossais, Alex Salmond ne sachant plus comment dire à Madame Marois comment se mêler de ses affaires, a fini par la rencontrer et a émis un communiqué platonique dans lequel on pouvait lire que « l’avenir des peuples Québécois et Écossais allait être déterminés par… eux-mêmes! » Arrêtez-moi quelqu’un avant que je te ne me fasse une crise cardiaque face à cette surprise ! Avait-on vraiment besoin de dépenser des fonds publics pour ça ?
Ah oui, j’oubliais… L’entrée au pouvoir du PQ était tellement chaotique que l’exécutif complet de la circonscription de Maskinongé a choisi de démissionner en bloc ! Probablement parce qu’ils sont… quoi ? Misogynes ?

Et que dire de la promesse tenue d’abolir les hausses des droits de scolarité mais l’imposition d’une indexation de 3% par année ? Je revois encore Madame la Première Ministre Marois se contorsionner pour expliquer comment une « indexation » des droits de scolarité était tellement différente d’une « augmentation », devant des représentants d’associations étudiantes subjugués. Est-il possible que certaines personnes qui croyaient au PQ durant le fameux conflit étudiant se soient senties trahies par cet exercice de gymnastique intellectuelle ? Non ?
Et l’augmentation des taxes scolaires, vous vous en souvenez ? Alors qu’elle était Ministre de l’Éducation, Madame Marie Malavoy, en réponse à la comparaison des mesures « favorables » adoptées pour donner un peu d’air aux universités de la part des Commissions Scolaires qui devaient absorber 200 millions $ en coupures, avait indiqué qu’il y avait beaucoup de marge de manœuvre dans le champ de taxation des contribuables et que la Loi permettait de taxer jusqu’à 0,35$ par 100$ d’évaluation… mais que, accessoirement, les CS pouvaient aussi couper dans leurs dépenses. Qu’est-il arrivé, d’après-vous ?

Et les décisions impopulaires, notamment l’augmentation des taxes de 0,50$ sur le tabac, 0,03$ par bouteille de bière, 0,17$ par bouteille de vin et 0,26$ par bouteille de spiritueux. Ça aussi, on semble sous-estimer l’attachement des Québécois à leurs vices.
Sans parler de l’odieux projet de la Charte des Valeurs québécoise, polarisant l’électorat québécois autour du plus petit dénominateur commun, les préjugés les plus bas, institutionnalisant une bigoterie sans précédent. Tellement que l’on tenta de la camoufler par un voile de vertu si ténu qu’il constituait, en lui-même, une fumisterie indigne d’un grand parti politique québécois.

Puis, la campagne électorale de 2014.
Campagne que le PQ a perdue, net. Pourquoi ? Quatre raisons principales.
D’abord, comme je viens de l’établir, une gouvernance inacceptable. Un nombre incalculable de reculs. De l’improvisation carabinée. Des bourdes ministérielles idiotes, comme celles de Maka Kotto et de Daniel Breton. Un manque de leadership si flagrant qu’il aura fallu le drame inimaginable de Lac Mégantic pour que la Première Ministre Marois puisse se ressaisir aux yeux des Québécois. Et elle l’a fait. Très bien même. La guerre du bilan était perdue.
Ensuite, une stratégie électorale viciée, parce que principalement basée sur un seul enjeu : la répugnante Charte des Valeurs québécoise (CVQ). C’était le seul enjeu qui dominait dans les sondages, plus fort même que les appuis au PQ. On décida d’en faire le « centre » de la stratégie électorale. Le vent dans les « voiles », aurait-on pu dire… Mais survint PKP, le poing dans les airs, insufflant une nouvelle vie dans la jeune campagne à l’enjeu que l’on souhaitait garder en sourdine : l’indépendance du Québec. À partir de ce moment, l’agenda de la campagne échappe au PQ et devient dicté par le PLQ. On prend près de 10 jours à recentrer la campagne autour de la CVQ, ce qui est perçu comme une manœuvre de rattrapage par l’électorat. Et que dire des enjeux ? L’économie. C’est de ça dont voulait entendre parler le Québec. Car au printemps 2014, le Québec connaissait un taux de croissance deux fois plus faible que celui du Canada, subissant des pertes d’emplois massives. Ajoutons à cela de piètres performances de la Première Ministre Marois dans les débats et une solide performance de Françoise David. La guerre des stratèges était perdue.

De plus, les Québécois en avaient assez des querelles et des attaques gratuites. Or, la campagne fut l’une des plus détestables que j’ai suivie. Attaques personnelles, salissage en règle, insinuations douteuses de part et d’autre. Une campagne d’inélégance indigne, encore une fois, des débats réels que méritent les Québécois.
Enfin, les Québécois ont dit et redit qu’ils ne veulent plus rien savoir de la question de la souveraineté du Québec, n’en déplaise aux tenanciers de cette option. La déconfiture du PQ lors de l’élection du 7 avril dernier n’en est que l’expression la plus récente. Je ne crois pas que le PQ deviendra à court terme un parti marginal, quoique puissent en penser les supporters de la Coalition Avenir Québec. Mais l’option souverainiste, elle, l’est de plus en plus. Nous sommes encore prêt à considérer le Parti Québécois comme l’alternative au PLQ comme régent du pouvoir, tant et si bien qu’il opte pour une gouvernance économique, pas idéologique. Tant et aussi longtemps que l’on sera en mesure d’opposer l’option « Pays » à l’option « Économie et Stabilité » dans une campagne électorale, le PQ en fera les frais.

J’ai beaucoup d’admiration pour madame Marois. Elle a connu une carrière publique enviable, faisant du service aux Québécois le centre de son cheminement. Elle a droit à tout mon respect de manière non négociable. Mais elle a échappé sa chance. Vraiment.

Le Québec a bien des tors, bien des défauts. Mais de grâce, avant de formuler de telles inepties, relisez ce que je viens d’écrire et demandez-vous s’il n’y a pas là-dedans quelques raisons pour détrôner madame Marois qui vous auraient échappées…