La campagne électorale provinciale de 2012

Pas de quoi être fiers, chers Québécois.

La campagne électorale provinciale de 2012 me désole au plus haut point. Jamais n’ai-je été
témoins d’autant de haine déversée sans discrimination sur les candidats aux plus hautes
fonctions de l’État Québécois et ce, peu importe leur allégeance politique. Et c’est d’autant plus
vrai dans les médias sociaux. Que nous est-il arrivé ?

Jamais de toute ma vie
n’aurais-je cru possible d’être témoin d’un changement de paradigme
si brutal envers les acteurs de la sphère publique. Jamais n’eu-je, à ce jour, cru possible de
constater combien l’illusion de l’anonymat que procure le Web 2.0 puisse servir de tremplin
à tant d’animosité, de fureur, de sauvageries publiées sans vergogne, en toute impunité, par
une communauté de plus en plus large d’électeurs-navigateurs en mission autoproclamée. Si
le cynisme qui prévaut au Québec et, plus largement, en Occident, s’explique, si le ras-le-bol
collectif qui gagne les contribuables québécois depuis des années a peut-être atteint son apogée dans les derniers mois, pour toute sorte de raisons qui, elles aussi, peuvent trouver exégèses d’érudition stellaire, je demeure malgré tout sans voix devant les immondices véhiculées dans l’Internet, sur Facebook, sur Twitter.

Des images de Jean Charest décapité par un bulletin de vote rouge, Pauline Marois sur
un empaquetage de fromage « La vache Qui Rit », Amir Khadir commentant son désir de
nous « sodomiser avec son organe de grande taille » (« j’euphémise » ici), voilà le genre
d’images qui circulent librement dans les médias sociaux et ça me lève le cœur. Si les
caricaturistes s’en donnent à cœur joie depuis des décennies dans les journaux, leurs
propos jouissent toutefois de l’amnistie que leur confère la portée éminemment éditoriale
inextricablement liée à leur art. Il y a de l’intelligence derrière leur travail. Ce qui circule dans
les médias sociaux ne peut s’enorgueillir de telles justifications et relève d’une méchanceté
néanderthalienne, indigne du genre de société dans laquelle je souhaite vivre.Ce n’est pas que les médias sociaux sont déchàinés, ils n’ont pas de chaînes… c’est différent.

Aux États-Unis, il est maintenant coutume de sombrer dans le négativisme. Les campagnes
acerbes visant à miner la crédibilité de l’adversaire politique sont si efficaces qu’elles se sont
graduellement imposées comme l’incontournable façon de faire. On ne parle plus d’enjeux réels que dans les discours des candidats et dans les éditoriaux. En 30 secondes à la télévision, mieux vaux assassiner virtuellement l’adversaire ; du point de vu stratégique, c’est franchement plus payant. Ici, ce sont les conservateurs qui ont introduit cette façon de faire durant la campagne fédérale de 2006 contre Stéphane Dion. Copiant les procédés américains, on décide de s’en prendre à l’homme plutôt qu’aux idées. Je peux, à la rigueur, presque comprendre, sans
toutefois accepter, pourquoi des politiciens, entre eux, succombent à la tentation, compte-tenu
des résultats obtenus. Je demeure toutefois subjugué par la malveillance impudique exprimée
par une frange extrême de citoyens se croyant faussement investis par le Saint-Esprit électoral.

Ces procédés sont miteux et non éthique. Lorsque l’on n’a pas d’idées , on crie des noms…

Les débats devraient êtres rudes, vigoureux, virulents, même corrosifs. Il est sain, dans une
démocratie, d’exprimer avec conviction nos divergences d’opinion. Mais, de grâce, débattons
des idées et cessons de tolérer l’intolérable en laissant la cuistrerie sévir sans que nous disions mot. Peut-être, à vos yeux, souffré-je d’angélisme. ? Grand bien vous fasse ! Je suis conscient que ces débordements sont la conséquence attendue de la liberté d’expression dont nous
jouissons au Québec. Cependant, si cette liberté doit être célébrée, même dans ses expressions les plus dérangeantes, les plus débridées, nous ne sommes pas obligés d’en être fier.