Meilleur que le Cheez Whiz !!

Le gouvernement de Jean Charest s’apprête à lancer, dès demain, une vaste consultation sur l’avenir de l’économie du Québec. Un exercice qui promet… de ne rien promettre, surtout que l’on évitera de discuter de la question la plus importante aux yeux des québécois, à savoir les finances publiques.

Cynique, me direz-vous ? Probablement bien davantage désillusionné. Le processus n’en est pas moins noble, mais je ne peux m’enlever de la tête qu’il s’agira d’un enchaînement de souhaits et de résolutions non contraignantes qui n’auront que peu d’impact significatif sur l’état véritable de la situation économique du Québec. Et c’est bien là tout le drame pour le gouvernement Charest, qui est pris dans la classique position du doigt coincé entre l’arbre et l’écorce. Aucun résultat ne sera bon pour ce gouvernement qui, depuis plusieurs mois maintenant, perçoit les premiers symptômes de l’inéluctable usure du pouvoir.

lookproduct.phpD’une part, dès lors qu’il serait tenté de mettre de l’avant les propositions qui ressortiront de cet exercice de consultation, certains détracteurs accuseraient le gouvernement de Jean Charest d’être cynique – voire hypocrite – puisqu’il n’a lui-même su mettre en œuvre les changements qu’il promettait depuis son arrivée au pouvoir en 2003 (la désormais célèbre et inexistante réingénierie de l’État). Aux yeux des critiques du gouvernement libéral, il sera alors inadmissible que ce gouvernement ait laissé se dégrader les finances publiques en temps de prospérité. Dès lors, il devient d’autant plus condamnable lorsque, devant la pression qu’exerce la crise économique sur les ressources fiscales de l’État, celui-ci s’empresse de requérir les conseils des plus importants acteurs économiques et sociaux pour articuler une stratégie de sortie de cette même crise, tout en tentant de réponse aux multiples problèmes du financement des programmes publics et ce, sans avoir l’odieux (le courage ?) d’affronter ce dernier problème directement.

Le parcours sera difficile et sinueux, les décisions ardues

D’autre part, si le gouvernement de Jean Charest choisit, au terme de cet exercice, de ne pas mettre de l’avant les propositions qui émaneront de cette consultation, il devra faire face à un électorat significativement plus cynique qui sera clairement tenté de lui en faire payer l’ultime prix lors des prochaines élections.

Les Québécois ne sont pas dupes ; ils comprennent que, s’ils désirent des services publics de qualité, il est primordial de maintenir les finances publiques en santé. Ils savent que, pour obtenir ces services, ils doivent payer taxes et impôts, que rien n’arrive pour rien dans leur assiette. Ils savent pertinemment, en fonction de la charge fiscale qui repose sur les épaules des contribuables et des entreprises, que l’économie doit demeurer robuste afin d’assurer à tous une relative stabilité, c’est-à-dire de bons emplois avec de bons salaires et, de ce fait, d’assurer la santé financière de l’État. Mais, alors que s’entame ce processus de consultation, le plus grand danger qu’encours le gouvernement serait de ne pas tenir compte du désarroi clairement exprimé de la très vaste majorité des contribuables qui, depuis des années, n’a plus l’impression d’en avoir pour son argent. C’est là, d’ailleurs, la source du climat cynique ambiant.

Le parcours sera difficile et sinueux, les décisions ardues ; le remède sera d’autant plus difficile à administrer qu’il faudra persuader avec le sourire d’une part, une société civile sardonique qui requiert au moins un message clair quant à l’orientation que le gouvernement donnera aux efforts de relance de l’économie et, d’autre part, une fonction publique en négociation de conventions collectives, que les solutions mise de l’avant, au lendemain de cette consultation, seront les meilleures idées conçues depuis l’invention du grille-pain et du «Cheez Whiz».

Vous comprendrez mon enthousiasme réservé…