Les Egg-rolls

Les fêtes nationales se ressemblent toutes au Québec. Spectacles, grands feux en plein air, feux d’artifices, le tout présenté à une foule bigarrée, allant de la petite famille aux adolescents intoxiqués. Ah oui ! J’allais oublier. Surgissent de nulle part également les « nationaleux », incontournables artéfacts d’un passé révolu, plus au diapason avec Papineau qu’avec le monde d’aujourd’hui.

Ils sont facilement identifiables, ces « nationaleux ». Se réclamant des Patriotes, ils veulent un Québec Libre à tout crin, parangon suprême entre tous autres, récriminent contre tout ce qui se fait de fédéral et peinent à contenir leur mépris – voire leur haine- à l’égard des compatriotes qui ne partagent pas leurs idéaux. Dans le sous-bois ombragé de la fête nationale, ils surgissent, comme des champignons : ça doit être ça, un Québécois de « souche » !

henri_julien_1904Comprenons-nous bien ici : j’admire leur conviction. Tant de gens, aujourd’hui, ne s’émeuvent de rien et ne sont touchés par quoi que ce soit qu’il est admirable, ne serait-ce que sur le plan de la vertu, de voir combien ces « nationaleux » défendent avec vigueur ce qu’ils perçoivent comme l’intérêt supérieur de la nation québécoise. Sincèrement, c’est notable.
Mais dépenser ses énergies ainsi est vain. La véritable bataille pour l’affirmation et, plus important encore, la survie nationale doit se jouer ailleurs.

La bataille doit être transportée dans les salles de classes du Québec.

Après 50 ans d’instruction publique laïque, nous produisons encore aujourd’hui des générations de cancres ignares. Encore aujourd’hui, c’est près d’un petit Québécois sur cinq qui n’atteint pas les critères minimaux de réussite en … français ??!!!?! De plus, combien sont ceux qui, dans la vie de tous les jours, ont de la difficulté à exprimer une idée clairement ? Combien massacrent les règles les plus élémentaires de la langue, sous la fallacieuse et oisive présomption qu’il n’est d’usage, pour la langue, que de suffisamment se comprendre ? Je présume que c’est acceptable, si l’on conçoit également qu’il ne soit d’usage pour la nourriture que de se sustenter. Exit le plaisir, la recherche du goûteux et de l’expérience culinaire.

Nous ne valorisons ni la connaissance, ni la culture, ni la performance, ni le succès économique.

La véritable crise québécoise est culturelle et économique. Nous ne valorisons ni la connaissance, ni la culture, ni la performance, ni le succès économique. Nous acceptons béatement que soient méprisés les intellectuels et les créateurs, les générateurs d’idées. Nous voulons être divertis et, autant que possible, nourris sans trop d’efforts. Nous ne valorisons pas l’ambition, pas plus d’ailleurs que la responsabilisation. Enfin, nous nous gargarisons avec le mot « solidarité » mais nous ne nous en réclamons que lorsqu’elle nous apporte quelque chose.

IMG_0008 (2)Les milles et un délices de Lexibule Egg rolls au poulet et cajous3aFace à ces mots durs, vous en conclurez peut-être que je déteste le Québec. Il n’en est rien. À la face des « nationaleux » qui, tels des « egg-rolls » québécois, s’enroulent et se vêtent d’un drapeau du Québec en criant à tue-tête leur amour de la patrie, j’oppose le discours d’une fierté dépassant la simple émotivité passéiste. Le véritable patriotisme consiste à livrer la plus impitoyable bataille face au fléau de l’ignorance érigée en système ; celle qui fait de nos élèves des handicapés de la langue et celle qui fait de nombre d’entre nous des cuistres acculturés. Dès lors, plus question de blâmer les coups fourrés de l’histoire, les Anglais, Ottawa, le Fédéral… Bien plus difficile encore, cette bataille, car elle exigera, par sa nature propre, que nous nous appropriions la responsabilité d’un éventuel échec et la fierté d’une nécessaire victoire.

Du coeur comme quatre…

Tic tac tic tac tic tac…
Comme le cœur de mon ami. Comme la machine qui le tient en vie.

C’est le son du sacrifice que mon ami Jeff Labrie a du faire pour rester parmi nous encore quelques années. C’est le son de la merveilleuse machine qui remplace le cœur que sa mère lui a donné à la naissance, à la conception ; que les brillants médecins de l’Hôpital Laval lui ont installé. C’est quand même pas la faute de sa mère, elle n’y pouvait rien du tout… mais la pièce originale faisait défaut. Fallait bien la remplacer… pouvait plus continuer comme ça…

Tic tac tic tac…
Comme l’horloge du Parlement.

C’est le son que produisait le crayon de Pascal Bérubé, le député de la circonscription de Matane, en frappant le pupitre qu’il occupe à l’Assemblée Nationale, quelques minutes avant de se lever pour prononcer une déclaration de support à l’endroit de mon ami, soumis aux spasmes semi-anxieux des doigts qui l’enserrent. Il frappe le dessus du pupitre, le crayon, au rythme des battements du cœur mécanique de Jeff, au rythme des battements de cœur de sa conjointe, Marie-Michèle, qui m’accompagne afin d’entendre M. Bérubé, au rythme de la frénésie qui, depuis plusieurs semaines, ne la quitte jamais. Elle est noble, Marie-Michèle. Elle est digne. Elle se tient avec grâce, malgré la fatigue qui l’afflige. Elle ne dort que très peu, à l’hôpital, dans une chambre aménagée près de Jeff depuis son opération. En plus, elle a un nouveau job… Elle est belle et digne. Ça m’émeut.

Tic tac…
Comme l’interminable douleur.

Il s’en plaint moins maintenant mais mon ami Jeff a souffert. Quand je suis allé le voir, j’aurais juré qu’un camion remorque lui avait passé sur le corps. Il était magané, mon ami. Mais je sais reconnaitre le courage quand il me croise et je sais que, maintenant, Jeff ne peut que remonter la pente, en attendant de retrouver la force d’attendre encore un cœur. Parce qu’il doit attendre, toujours attendre et attendre davantage. Mes contacts politiques me jurent cependant que le dossier du don d’organe avance. J’ai vraiment senti leur sincérité. Jeff m’a toujours dit qu’il souhaitait que l’on parle de son histoire afin de faire avancer le dossier du don d’organe.

Mon ami, tu n’auras pas souffert pour rien… je veille au grain.

Le droit de chialer…

Manifester est un droit fondamental au Canada.

La Charte canadienne des Droits et Libertés le garantit à l’intérieur de l’article 2. De ce fait, personne, sur le territoire canadien, ne peut être persécuté par l’État à cause de sa participation à une manifestation.

pt27290Le fait de se voir garantir un droit n’a toutefois pas l’effet de dissoudre toute forme de respect et de décorum envers les institutions parlementaires. Le fait d’avoir la garantie explicite de ne pas être persécuté par l’État n’octroie pas non plus une absolution, une immunité en cas de transgression d’autres lois, y compris celles régissant les méfaits publics et le désordre. Dès lors, le groupe de quelques 200 écervelés environnementalistes qui se sont présentés comme visiteurs au Parlement d’Ottawa aujourd’hui et qui furent évincés après avoir chahuté et lancé des slogans en pleine période de questions n’obtiendrons aucune sympathie de ma part.

Cette façon de faire est odieuse et n’a pas sa place dans un pays aux valeurs démocratiques. Si je respecte le droit à la dissidence, si je conçois parfaitement que certains activistes de la cause environnementale soient déçus par les positions du gouvernement canadien, je méprise avec véhémence ceux qui, cependant, faisant fi de la plus élémentaire décence, sont prêts à désacraliser l’enceinte de la démocratie canadienne, sous prétextes qu’ils s’estiment marginalisés ou ignorés par les parlementaires.

Nul ne peut prétendre faire valoir son discours au dessus des normes et des règles de conduites élémentaires à l’intérieur du Parlement canadien. Le pays est jeune et ce Parlement – que certains détestent pour des motifs idéologiques – représente l’un des symboles les plus forts de notre adhérence commune aux valeurs démocratiques. On ne saurait tolérer un affront aussi flagrant et gratuit face à un symbole de l’importance de cette cathédrale institutionnelle. À moins de circonstances exceptionnelles et gravissimes où le gouvernement en place trahirait de manière flagrante et préméditée le pacte liant les peuples du Canada à ces valeurs démocratiques, rien ne saurait justifier à mes yeux un comportement néandertalien de cette sorte.

Certains manifestants auraient été blessés lors de leur expulsion. Je leur souhaite sincèrement de ne pas tenter de soulever une controverse autour d’un scénario de « brutalité policière ».

Je ne crois pas en la violence mais il y a toutefois des coups de pieds au cul qui se perdent.

Le canard insouciant

Devant les faits dévoilés depuis les derniers mois sur la politique municipale et ses relations plus que douteuses avec le monde de la construction par les reportages de l’équipe de l’émission « Enquête » de Radio-Canada, il devient impératif pour le gouvernement de Jean Charest d’instituer une commission d’enquête publique. Aucune raison ne peut justifier aux yeux du public la position semi-apathique, semi-léthargique, adoptée par le gouvernement libéral depuis les dernières semaines.

C’est d’ailleurs singulièrement irrespectueux envers les Québécois.
L’électorat porte au pouvoir une équipe de politiciens sous la promesse ultime qu’une fois élus, ils prendront la gouverne de la province comme de bons pères de famille. Lorsqu’apparaît une crise substantifique, l’électorat est en droit d’attendre du gouvernement en qui il a choisi de faire confiance qu’il prenne les devants et montre la marche à suivre en faisant face à la musique. C’est ce qui s’appelle démontrer du leadership. Toute tentative d’évitement dans ce genre de contexte constitue une indubitable insulte envers l’expression démocratique des électeurs québécois.

En ce sens, la position actuelle du gouvernement Charest, demeurant inchangée par rapport à celle qu’il a adoptée pour toutes les autres petites controverses qui se sont montrées le bout du nez en cours de mandat, est inacceptable considérant la gravité des allégations. Il a pourtant choisi de faire la sourde oreille, le canard insouciant face à la pluie s’abattant sur lui. Cette analyse de la position du gouvernement peut sembler injuste à certains égards ; le gouvernement semble démontrer un front uni derrière le talent et l’expertise de la police, d’où la création de l’escouade mixte « MARTEAU ». Mais la crise de confiance inéluctablement induite par les révélations des dernières semaines à l’égard du monde municipal, du processus d’octroi des contrats, des allégations de collusion, de financement occulte des partis politiques municipaux et de tentatives de manipulations d’élections municipales, ne trouveront pas de réponse satisfaisante dans le cadre d’une enquête policière.

PC_090422jean_lafleur_gomery_8Mais je comprends bien pourquoi le Parti Libéral du Québec ne souhaite pas de commission d’enquête. Il y a une crainte fondée que leur gouvernement ne survive pas à un tel exercice. Personne chez les libéraux n’est dupe : ils ont tous en tête la débâcle du PLC à la suite de la Commission Gomery instituée par le Premier Ministre Paul Martin. Les libéraux du Québec entretiennent également une crainte légitime d’être éclaboussés par les éventuelles révélations d’une commission d’enquête, surtout si l’on tient compte des liens étroits liant le PLQ et l’administration Tremblay. C’est suffisant, aux yeux du PLQ, pour craindre la solution d’une enquête publique, un peu comme on craint la peste bubonique. Chez les libéraux, on a besoin d’une commission d’enquête comme d’un mal de dents…

Malgré ces craintes, qu’elles soient fondées ou non, il demeure inconcevable à mes yeux de justifier, sur le plan démocratique et sur le plan de l’honneur, le refus d’avoir recours à une enquête publique. Il y a certes des risques tangibles pour la pérennité du gouvernement libéral en place mais le peuple québécois mérite que son gouvernement, que son Premier Ministre, fasse toute la lumière sur les allégations soulevées à l’égard du monde municipal, même au risque d’en souffrir l’ultime conséquence, c’est-à-dire être défait aux prochaines élections. La raison d’État doit primer sur toutes autres considérations, bien avant les coûts politiques, bien avant les risques personnels. La démocratie québécoise mérite le leadership auquel elle a droit.
M. Charest, de grâce, retrouvez votre colonne vertébrale et démontrez-nous comment un homme d’État, tel que vous l’êtes, doit se comporter !

Mon droit. Ton Droit.

Les accommodements religieux tiennent de notre désir de faire la juste place aux différentes cultures qui composent le tissus social québécois.

Trop de petits esprit condamnent unilatéralement ces efforts en employant ce qui ressemble à un argument mais qui, ultimement, n’est qu’une expression diffuse d’intolérance. Car qu’est-ce que l’argument : « S’ils ne sont pas content, qu’ils repartent d’où ils viennent. » si ce n’est pas de l’intolérance ?

Plusieurs personnes que j’ai eu l’occasion d’interroger à ce sujet m’ont cependant affirmé plus justement que les accommodements religieux ne sont, en réalité, que le symptôme d’un mal plus pernicieux encore ; notre incapacité à nous définir à la face du monde. Qui sommes-nous ? Que représentons-nous ?

De l’incapacité de répondre clairement à ces questions découle le flou artistique qui génère les accommodements religieux. Connaissons-nous nous-même, pour paraphraser la sagesse millénaire sculptée dans le roc du temple d’Apollon à Delphes. De plus, je suis fermement convaincu que notre incapacité à nous définir, à clairement établir la liste des valeurs qui nous représentent, contribue significativement à nous faire plier l’échine devant l’inacceptable. La tolérance est l’une de nos valeurs principales. Elle est la conséquence nécessaire d’une autre valeur capitale, le pluralisme, c’est-à-dire notre capacité à accepter plus d’une vision du monde, plus d’une seule idée. Cependant, comme le disait Bill Maher : « Il ne faut pas être tolérant au point de tolérer l’intolérable. »

quebecoisSi nous nous connaissions mieux, nous n’aurions pas besoin de hiérarchiser les valeurs, les droits fondamentaux ; point de vue que défend André Pratte dans le texte qui suit. Les valeurs fondamentales contenues dans nos chartes seraient suffisantes par elles-mêmes et n’aurait pas besoin des sorties peu reluisantes des politiciens et syndicalistes qui réclament une Charte de la laïcité du Québec. Je rêve d’un Québec où les directeurs des extensions gouvernementales que sont les CLSC et la SAAQ seraient assez courageux pour comprendre, lorsque quelqu’un exige d’être servi par du personnel masculin, que la seule réponse acceptable ici est : « NON ! »

Nous n’avons pas besoin d’une Charte de la laïcité mais bien davantage d’une greffe de colonne vertébrale et d’un peu de culture.