Meilleur que le Cheez Whiz !!

Posté par Martin | Posté dans Observation, Politique Provinciale | Posted on 19-01-2010

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Le gouvernement de Jean Charest s’apprête à lancer, dès demain, une vaste consultation sur l’avenir de l’économie du Québec. Un exercice qui promet… de ne rien promettre, surtout que l’on évitera de discuter de la question la plus importante aux yeux des québécois, à savoir les finances publiques.

Cynique, me direz-vous ? Probablement bien davantage désillusionné. Le processus n’en est pas moins noble, mais je ne peux m’enlever de la tête qu’il s’agira d’un enchaînement de souhaits et de résolutions non contraignantes qui n’auront que peu d’impact significatif sur l’état véritable de la situation économique du Québec. Et c’est bien là tout le drame pour le gouvernement Charest, qui est pris dans la classique position du doigt coincé entre l’arbre et l’écorce. Aucun résultat ne sera bon pour ce gouvernement qui, depuis plusieurs mois maintenant, perçoit les premiers symptômes de l’inéluctable usure du pouvoir.

lookproduct.phpD’une part, dès lors qu’il serait tenté de mettre de l’avant les propositions qui ressortiront de cet exercice de consultation, certains détracteurs accuseraient le gouvernement de Jean Charest d’être cynique – voire hypocrite – puisqu’il n’a lui-même su mettre en œuvre les changements qu’il promettait depuis son arrivée au pouvoir en 2003 (la désormais célèbre et inexistante réingénierie de l’État). Aux yeux des critiques du gouvernement libéral, il sera alors inadmissible que ce gouvernement ait laissé se dégrader les finances publiques en temps de prospérité. Dès lors, il devient d’autant plus condamnable lorsque, devant la pression qu’exerce la crise économique sur les ressources fiscales de l’État, celui-ci s’empresse de requérir les conseils des plus importants acteurs économiques et sociaux pour articuler une stratégie de sortie de cette même crise, tout en tentant de réponse aux multiples problèmes du financement des programmes publics et ce, sans avoir l’odieux (le courage ?) d’affronter ce dernier problème directement.

Le parcours sera difficile et sinueux, les décisions ardues

D’autre part, si le gouvernement de Jean Charest choisit, au terme de cet exercice, de ne pas mettre de l’avant les propositions qui émaneront de cette consultation, il devra faire face à un électorat significativement plus cynique qui sera clairement tenté de lui en faire payer l’ultime prix lors des prochaines élections.

Les Québécois ne sont pas dupes ; ils comprennent que, s’ils désirent des services publics de qualité, il est primordial de maintenir les finances publiques en santé. Ils savent que, pour obtenir ces services, ils doivent payer taxes et impôts, que rien n’arrive pour rien dans leur assiette. Ils savent pertinemment, en fonction de la charge fiscale qui repose sur les épaules des contribuables et des entreprises, que l’économie doit demeurer robuste afin d’assurer à tous une relative stabilité, c’est-à-dire de bons emplois avec de bons salaires et, de ce fait, d’assurer la santé financière de l’État. Mais, alors que s’entame ce processus de consultation, le plus grand danger qu’encours le gouvernement serait de ne pas tenir compte du désarroi clairement exprimé de la très vaste majorité des contribuables qui, depuis des années, n’a plus l’impression d’en avoir pour son argent. C’est là, d’ailleurs, la source du climat cynique ambiant.

Le parcours sera difficile et sinueux, les décisions ardues ; le remède sera d’autant plus difficile à administrer qu’il faudra persuader avec le sourire d’une part, une société civile sardonique qui requiert au moins un message clair quant à l’orientation que le gouvernement donnera aux efforts de relance de l’économie et, d’autre part, une fonction publique en négociation de conventions collectives, que les solutions mise de l’avant, au lendemain de cette consultation, seront les meilleures idées conçues depuis l’invention du grille-pain et du «Cheez Whiz».

Vous comprendrez mon enthousiasme réservé…

Les Egg-rolls

Posté par Martin | Posté dans Observation, Opinion | Posted on 27-10-2009

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Les fêtes nationales se ressemblent toutes au Québec. Spectacles, grands feux en plein air, feux d’artifices, le tout présenté à une foule bigarrée, allant de la petite famille aux adolescents intoxiqués. Ah oui ! J’allais oublier. Surgissent de nulle part également les « nationaleux », incontournables artéfacts d’un passé révolu, plus au diapason avec Papineau qu’avec le monde d’aujourd’hui.

Ils sont facilement identifiables, ces « nationaleux ». Se réclamant des Patriotes, ils veulent un Québec Libre à tout crin, parangon suprême entre tous autres, récriminent contre tout ce qui se fait de fédéral et peinent à contenir leur mépris – voire leur haine- à l’égard des compatriotes qui ne partagent pas leurs idéaux. Dans le sous-bois ombragé de la fête nationale, ils surgissent, comme des champignons : ça doit être ça, un Québécois de « souche » !

henri_julien_1904Comprenons-nous bien ici : j’admire leur conviction. Tant de gens, aujourd’hui, ne s’émeuvent de rien et ne sont touchés par quoi que ce soit qu’il est admirable, ne serait-ce que sur le plan de la vertu, de voir combien ces « nationaleux » défendent avec vigueur ce qu’ils perçoivent comme l’intérêt supérieur de la nation québécoise. Sincèrement, c’est notable.
Mais dépenser ses énergies ainsi est vain. La véritable bataille pour l’affirmation et, plus important encore, la survie nationale doit se jouer ailleurs.

La bataille doit être transportée dans les salles de classes du Québec.

Après 50 ans d’instruction publique laïque, nous produisons encore aujourd’hui des générations de cancres ignares. Encore aujourd’hui, c’est près d’un petit Québécois sur cinq qui n’atteint pas les critères minimaux de réussite en … français ??!!!?! De plus, combien sont ceux qui, dans la vie de tous les jours, ont de la difficulté à exprimer une idée clairement ? Combien massacrent les règles les plus élémentaires de la langue, sous la fallacieuse et oisive présomption qu’il n’est d’usage, pour la langue, que de suffisamment se comprendre ? Je présume que c’est acceptable, si l’on conçoit également qu’il ne soit d’usage pour la nourriture que de se sustenter. Exit le plaisir, la recherche du goûteux et de l’expérience culinaire.


Nous ne valorisons ni la connaissance, ni la culture, ni la performance, ni le succès économique.

La véritable crise québécoise est culturelle et économique. Nous ne valorisons ni la connaissance, ni la culture, ni la performance, ni le succès économique. Nous acceptons béatement que soient méprisés les intellectuels et les créateurs, les générateurs d’idées. Nous voulons être divertis et, autant que possible, nourris sans trop d’efforts. Nous ne valorisons pas l’ambition, pas plus d’ailleurs que la responsabilisation. Enfin, nous nous gargarisons avec le mot « solidarité » mais nous ne nous en réclamons que lorsqu’elle nous apporte quelque chose.

IMG_0008 (2)Les milles et un délices de Lexibule Egg rolls au poulet et cajous3aFace à ces mots durs, vous en conclurez peut-être que je déteste le Québec. Il n’en est rien. À la face des « nationaleux » qui, tels des « egg-rolls » québécois, s’enroulent et se vêtent d’un drapeau du Québec en criant à tue-tête leur amour de la patrie, j’oppose le discours d’une fierté dépassant la simple émotivité passéiste. Le véritable patriotisme consiste à livrer la plus impitoyable bataille face au fléau de l’ignorance érigée en système ; celle qui fait de nos élèves des handicapés de la langue et celle qui fait de nombre d’entre nous des cuistres acculturés. Dès lors, plus question de blâmer les coups fourrés de l’histoire, les Anglais, Ottawa, le Fédéral… Bien plus difficile encore, cette bataille, car elle exigera, par sa nature propre, que nous nous appropriions la responsabilité d’un éventuel échec et la fierté d’une nécessaire victoire.

Du coeur comme quatre…

Posté par Martin | Posté dans Uncategorized | Posted on 27-10-2009

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Tic tac tic tac tic tac…
Comme le cœur de mon ami. Comme la machine qui le tient en vie.

C’est le son du sacrifice que mon ami Jeff Labrie a du faire pour rester parmi nous encore quelques années. C’est le son de la merveilleuse machine qui remplace le cœur que sa mère lui a donné à la naissance, à la conception ; que les brillants médecins de l’Hôpital Laval lui ont installé. C’est quand même pas la faute de sa mère, elle n’y pouvait rien du tout… mais la pièce originale faisait défaut. Fallait bien la remplacer… pouvait plus continuer comme ça…

Tic tac tic tac…
Comme l’horloge du Parlement.

C’est le son que produisait le crayon de Pascal Bérubé, le député de la circonscription de Matane, en frappant le pupitre qu’il occupe à l’Assemblée Nationale, quelques minutes avant de se lever pour prononcer une déclaration de support à l’endroit de mon ami, soumis aux spasmes semi-anxieux des doigts qui l’enserrent. Il frappe le dessus du pupitre, le crayon, au rythme des battements du cœur mécanique de Jeff, au rythme des battements de cœur de sa conjointe, Marie-Michèle, qui m’accompagne afin d’entendre M. Bérubé, au rythme de la frénésie qui, depuis plusieurs semaines, ne la quitte jamais. Elle est noble, Marie-Michèle. Elle est digne. Elle se tient avec grâce, malgré la fatigue qui l’afflige. Elle ne dort que très peu, à l’hôpital, dans une chambre aménagée près de Jeff depuis son opération. En plus, elle a un nouveau job… Elle est belle et digne. Ça m’émeut.

Tic tac…
Comme l’interminable douleur.

Il s’en plaint moins maintenant mais mon ami Jeff a souffert. Quand je suis allé le voir, j’aurais juré qu’un camion remorque lui avait passé sur le corps. Il était magané, mon ami. Mais je sais reconnaitre le courage quand il me croise et je sais que, maintenant, Jeff ne peut que remonter la pente, en attendant de retrouver la force d’attendre encore un cœur. Parce qu’il doit attendre, toujours attendre et attendre davantage. Mes contacts politiques me jurent cependant que le dossier du don d’organe avance. J’ai vraiment senti leur sincérité. Jeff m’a toujours dit qu’il souhaitait que l’on parle de son histoire afin de faire avancer le dossier du don d’organe.

Mon ami, tu n’auras pas souffert pour rien… je veille au grain.

Le droit de chialer…

Posté par Martin | Posté dans Observation, Opinion, Politique Canadienne | Posted on 27-10-2009

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Manifester est un droit fondamental au Canada.

La Charte canadienne des Droits et Libertés le garantit à l’intérieur de l’article 2. De ce fait, personne, sur le territoire canadien, ne peut être persécuté par l’État à cause de sa participation à une manifestation.

pt27290Le fait de se voir garantir un droit n’a toutefois pas l’effet de dissoudre toute forme de respect et de décorum envers les institutions parlementaires. Le fait d’avoir la garantie explicite de ne pas être persécuté par l’État n’octroie pas non plus une absolution, une immunité en cas de transgression d’autres lois, y compris celles régissant les méfaits publics et le désordre. Dès lors, le groupe de quelques 200 écervelés environnementalistes qui se sont présentés comme visiteurs au Parlement d’Ottawa aujourd’hui et qui furent évincés après avoir chahuté et lancé des slogans en pleine période de questions n’obtiendrons aucune sympathie de ma part.

Cette façon de faire est odieuse et n’a pas sa place dans un pays aux valeurs démocratiques. Si je respecte le droit à la dissidence, si je conçois parfaitement que certains activistes de la cause environnementale soient déçus par les positions du gouvernement canadien, je méprise avec véhémence ceux qui, cependant, faisant fi de la plus élémentaire décence, sont prêts à désacraliser l’enceinte de la démocratie canadienne, sous prétextes qu’ils s’estiment marginalisés ou ignorés par les parlementaires.

Nul ne peut prétendre faire valoir son discours au dessus des normes et des règles de conduites élémentaires à l’intérieur du Parlement canadien. Le pays est jeune et ce Parlement – que certains détestent pour des motifs idéologiques – représente l’un des symboles les plus forts de notre adhérence commune aux valeurs démocratiques. On ne saurait tolérer un affront aussi flagrant et gratuit face à un symbole de l’importance de cette cathédrale institutionnelle. À moins de circonstances exceptionnelles et gravissimes où le gouvernement en place trahirait de manière flagrante et préméditée le pacte liant les peuples du Canada à ces valeurs démocratiques, rien ne saurait justifier à mes yeux un comportement néandertalien de cette sorte.

Certains manifestants auraient été blessés lors de leur expulsion. Je leur souhaite sincèrement de ne pas tenter de soulever une controverse autour d’un scénario de « brutalité policière ».

Je ne crois pas en la violence mais il y a toutefois des coups de pieds au cul qui se perdent.

Le canard insouciant

Posté par Martin | Posté dans Média, Observation, Opinion | Posted on 26-10-2009

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Devant les faits dévoilés depuis les derniers mois sur la politique municipale et ses relations plus que douteuses avec le monde de la construction par les reportages de l’équipe de l’émission « Enquête » de Radio-Canada, il devient impératif pour le gouvernement de Jean Charest d’instituer une commission d’enquête publique. Aucune raison ne peut justifier aux yeux du public la position semi-apathique, semi-léthargique, adoptée par le gouvernement libéral depuis les dernières semaines.

C’est d’ailleurs singulièrement irrespectueux envers les Québécois.
L’électorat porte au pouvoir une équipe de politiciens sous la promesse ultime qu’une fois élus, ils prendront la gouverne de la province comme de bons pères de famille. Lorsqu’apparaît une crise substantifique, l’électorat est en droit d’attendre du gouvernement en qui il a choisi de faire confiance qu’il prenne les devants et montre la marche à suivre en faisant face à la musique. C’est ce qui s’appelle démontrer du leadership. Toute tentative d’évitement dans ce genre de contexte constitue une indubitable insulte envers l’expression démocratique des électeurs québécois.

En ce sens, la position actuelle du gouvernement Charest, demeurant inchangée par rapport à celle qu’il a adoptée pour toutes les autres petites controverses qui se sont montrées le bout du nez en cours de mandat, est inacceptable considérant la gravité des allégations. Il a pourtant choisi de faire la sourde oreille, le canard insouciant face à la pluie s’abattant sur lui. Cette analyse de la position du gouvernement peut sembler injuste à certains égards ; le gouvernement semble démontrer un front uni derrière le talent et l’expertise de la police, d’où la création de l’escouade mixte « MARTEAU ». Mais la crise de confiance inéluctablement induite par les révélations des dernières semaines à l’égard du monde municipal, du processus d’octroi des contrats, des allégations de collusion, de financement occulte des partis politiques municipaux et de tentatives de manipulations d’élections municipales, ne trouveront pas de réponse satisfaisante dans le cadre d’une enquête policière.

PC_090422jean_lafleur_gomery_8Mais je comprends bien pourquoi le Parti Libéral du Québec ne souhaite pas de commission d’enquête. Il y a une crainte fondée que leur gouvernement ne survive pas à un tel exercice. Personne chez les libéraux n’est dupe : ils ont tous en tête la débâcle du PLC à la suite de la Commission Gomery instituée par le Premier Ministre Paul Martin. Les libéraux du Québec entretiennent également une crainte légitime d’être éclaboussés par les éventuelles révélations d’une commission d’enquête, surtout si l’on tient compte des liens étroits liant le PLQ et l’administration Tremblay. C’est suffisant, aux yeux du PLQ, pour craindre la solution d’une enquête publique, un peu comme on craint la peste bubonique. Chez les libéraux, on a besoin d’une commission d’enquête comme d’un mal de dents…

Malgré ces craintes, qu’elles soient fondées ou non, il demeure inconcevable à mes yeux de justifier, sur le plan démocratique et sur le plan de l’honneur, le refus d’avoir recours à une enquête publique. Il y a certes des risques tangibles pour la pérennité du gouvernement libéral en place mais le peuple québécois mérite que son gouvernement, que son Premier Ministre, fasse toute la lumière sur les allégations soulevées à l’égard du monde municipal, même au risque d’en souffrir l’ultime conséquence, c’est-à-dire être défait aux prochaines élections. La raison d’État doit primer sur toutes autres considérations, bien avant les coûts politiques, bien avant les risques personnels. La démocratie québécoise mérite le leadership auquel elle a droit.
M. Charest, de grâce, retrouvez votre colonne vertébrale et démontrez-nous comment un homme d’État, tel que vous l’êtes, doit se comporter !

Mon droit. Ton Droit.

Posté par Martin | Posté dans Accommodements, Observation, Opinion, Religion | Posted on 25-10-2009

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Les accommodements religieux tiennent de notre désir de faire la juste place aux différentes cultures qui composent le tissus social québécois.

Trop de petits esprit condamnent unilatéralement ces efforts en employant ce qui ressemble à un argument mais qui, ultimement, n’est qu’une expression diffuse d’intolérance. Car qu’est-ce que l’argument : « S’ils ne sont pas content, qu’ils repartent d’où ils viennent. » si ce n’est pas de l’intolérance ?

Plusieurs personnes que j’ai eu l’occasion d’interroger à ce sujet m’ont cependant affirmé plus justement que les accommodements religieux ne sont, en réalité, que le symptôme d’un mal plus pernicieux encore ; notre incapacité à nous définir à la face du monde. Qui sommes-nous ? Que représentons-nous ?

De l’incapacité de répondre clairement à ces questions découle le flou artistique qui génère les accommodements religieux. Connaissons-nous nous-même, pour paraphraser la sagesse millénaire sculptée dans le roc du temple d’Apollon à Delphes. De plus, je suis fermement convaincu que notre incapacité à nous définir, à clairement établir la liste des valeurs qui nous représentent, contribue significativement à nous faire plier l’échine devant l’inacceptable. La tolérance est l’une de nos valeurs principales. Elle est la conséquence nécessaire d’une autre valeur capitale, le pluralisme, c’est-à-dire notre capacité à accepter plus d’une vision du monde, plus d’une seule idée. Cependant, comme le disait Bill Maher : « Il ne faut pas être tolérant au point de tolérer l’intolérable. »

quebecoisSi nous nous connaissions mieux, nous n’aurions pas besoin de hiérarchiser les valeurs, les droits fondamentaux ; point de vue que défend André Pratte dans le texte qui suit. Les valeurs fondamentales contenues dans nos chartes seraient suffisantes par elles-mêmes et n’aurait pas besoin des sorties peu reluisantes des politiciens et syndicalistes qui réclament une Charte de la laïcité du Québec. Je rêve d’un Québec où les directeurs des extensions gouvernementales que sont les CLSC et la SAAQ seraient assez courageux pour comprendre, lorsque quelqu’un exige d’être servi par du personnel masculin, que la seule réponse acceptable ici est : « NON ! »

Nous n’avons pas besoin d’une Charte de la laïcité mais bien davantage d’une greffe de colonne vertébrale et d’un peu de culture.

Sottise consommée.

Posté par Martin | Posté dans Média, Observation, Opinion, Santé | Posted on 25-10-2009

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La sottise n’affecte pas seulement les sots.

Comme observateur de l’actualité, j’ai eu le privilège de m’intéresser à une multitude de questions sociales, scientifiques, politiques et autres mais aucune, AUCUNE, ne me procura la fascination morbide que l’épineuse question de la grippe A (H1N1) m’apporte depuis quelques semaines. Heureusement pour la très vaste majorité d’entre nous, la stupidité, contrairement à cette souche de grippe, n’est pas mortelle. La sottise de masse générée depuis le tout début par cette éclosion virale devrait faire l’objet d’une thèse d’un doctorant en sociologie. Je suspecte que la lecture d’un tel document nous gratifierait d’innombrables heures de plaisirs et de rires incontrôlés, provoquerait une réaction oscillant entre l’allégresse et le dégoût.

Permettez, en premier lieu, que nous clarifions quelques concepts.

728-H1N1_Swine_Flu_Vaccinations_Shortage.sff.embedded.prod_affiliate.56On a d’abord appelé la A(H1N1) « grippe porcine » puisque la souche grippale H1N1, commune chez les humains, est aussi une maladie respiratoire provenant des élevages de porcs. Une fois présente dans le corps des bestiaux, ce virus peut toutefois muter en une souche hybride virulente, d’où la crainte d’une éventuelle pandémie.

Le virus A (H1N1) est issu de la recombinaison, dans l’organisme du cochon de quatre autres virus: celui d’une une grippe porcine nord-américaine, celui d’une grippe aviaire nord-américaine, celui de la grippe humaine de type A du sous-type H1N1 et celui d’une grippe porcine typiquement trouvé en Europe et Asie.

Le virus de cette grippe est donc ce que les spécialistes appellent un virus réassorti, c’est-à-dire un mélange du matériel génétique provenant de plusieurs virus similaires infectant la même cellule. Les réassortiments se créent entre les différents virus de la grippe par imitation / duplication. Les génomes de ces virus sont composés de huit segments d’acide ribonucléique hétérogènes. Ces segments se comportent comme des mini-chromosomes. Lorsque un virus de la grippe est assemblé, c’est-à-dire lorsque des souches présentes dans la même cellule se réunissent et sont mises en contact, il se crée une nouvelle souche combinée parce que les segments génèrent une copie de ce nouveau germe, créant ainsi une nouvelle génération d’un virus jusque là inexistant. Un peu comme nous. On se frotte, on tombe enceinte, on accouche du petit qui a la face de papa et le caractère de maman… C’est un peu ça, la « grippe porcine ».

La souche de la folie collective.

Dès le commencement de cette aventure, à l’étape du « branding », alors que fit rage le débat entourant le nom à donner à cette grippe, lors de son apparition au Mexique, les premiers signes d’hystérie collective ont commencé à se manifester.

La nouvelle souche de grippe est d’abord désignée comme « grippe porcine ». Or, les producteurs de porcs d’Europe et d’Asie, durement touchés par une baisse généralisée du prix mondial de la viande de porc, se sont mobilisés pour que l’on change la dénomination de cette souche de grippe, de peur que l’on nuise à l’image de la viande de porc et, incidemment, à la vente de celle-ci. Vous comprendrez qu’il est tellement plus facile de créer et de gérer une crise de relations publiques que d’informer une population ignorante ou, pire encore, qui ne veut pas croire. C’est à ce moment que le génie frappa ; on décida de l’appeler « grippe mexicaine ».

Les porcs étaient saufs… ou presque, puisque, à l’époque, la Chine, l’Ukraine, le Kazakhstan, les Philippines, la Thaïlande, les Émirats Arabes Unis et l’Équateur ont suspendu les importations de viande de porc et de produits à base de porc originaires des États-Unis. La Chine et la Corée du Sud ont également interdit l’importation de porcs vivants américains et canadiens. Quant à la Russie, elle a interdit l’importation de toute viande originaire de cinq des États américains où sévissait la grippe porcine. En Egypte, les autorités sont allées jusqu’à décider de l’abattage immédiat de tous les porcs dans le pays. (Source : 20minutes.fr)

Les mexicains, eux, ne l’entendirent pas de cette façon. Qu’allait-il advenir de l’industrie touristique avec un nom comme la « grippe mexicaine » ? Un nom comme ça, c’est très très couteux pour le Mexique… la cuistrerie ne passerait pas ! L’intelligence non plus, par ailleurs…

Entre temps, préoccupée par les préjugés entretenus envers les porcs, ces pauvres bestioles, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a accepté l’argument des producteurs de porcs européens et, jugeant inappropriée la dénomination de « grippe porcine », ont opté pour l’appellation « Grippe nord-américaine », sauvant la face de l’industrie touristique mexicaine du même coup.

Mais comme la stupidité n’a pas de limite, certain organismes de tourisme américains et canadiens ont tôt fait de rabrouer les autorités compétentes, jugeant trop rapide la dénomination à consonance géographique d’un aussi détestable bidule biologique que cette grippe apparue d’on ne sait où… mais pas de chez nous…

C’est donc les spécialistes de l’Organisation mondiale de la Santé qui, stupéfaits par l’épidémie non virale de sottise humaine déployée autour du NOM À DONNER À UNE SOUCHE DE GRIPPE (je vous le rappelle), trancha, le 30 avril 2009 et, dans un élan de leadership inspirant considérant le tourment chaotique de crétinisme déchainé planétairement, décida de donner le nom de A (H1N1) à cette nouvelle souche de grippe.
L’intelligence prévalu un court moment, mais la sottise ne s’arrêterait pas là.

Le scepticisme acculturé des masses, ou la théorie du complot.

Une épidémie d’une rare envergure ; quel hasard que ça arrive sous la présidence d’un Démocrate. N’en fallait pas plus pour que les crétins conservateurs américains s’en donnent à cœur joie et se lancent dans les comparaisons les plus débiles et les moins fondées de la planète, comme en témoigne cette vidéo. La A(H1N1), c’était Noël avant le temps, pour les ultras conservateurs tout autant que les fumistes lobotomisés tels les Nenki et Thierry Meyssan de ce monde.

En effet, ces prophètes de malheurs aux gringalets cerveaux, qui voient une conspiration diabolique dans tout (François Pierre, alias Nenki me l’a dit lui-même, dans un courriel qu’il m’a personnellement adressé. « Tout est conspiration ! ») virent dans la A (H1N1) un terrain fertile à faire pousser chez les ignares leurs semences pathétiquement stériles, semences qu’il s’empressèrent de récolter à coups de conférences et de circulaires douteuses dans Internet. Car, comme l’écrivait Alexandre Pouchkine, à une vérité ténue et plate, certain préfèrent un mensonge exaltant. Il n’en fallait pas plus à tous ces exploiteurs de naïveté humaine pour passer la moissonneuse-batteuse chez les crédules et les incultes.

Soudainement, cette nouvelle grippe n’était plus une évolution naturelle mais une arme biologique fabriquée en laboratoire par l’armé américaine, dans le but plus ou moins clair de contrôler l’humanité. Les grands gagnants ? Les pharmaceutiques, voyons ! Elles font la piastre !!! N’oublions jamais, pour paraphraser Anaïs Nin, qu’à la racine du mensonge se trouve l’image idéalisée de nous-mêmes que les fossoyeurs de jugement que sont les conspirationistes cherchent à imposer à autrui. Quoi de mieux que d’inonder l’Internet de toutes sortes de sottises et de vidéos alarmistes dénonçant l’odieux crime des compagnies pharmaceutiques qui empochent des milliards de dollars sur le dos de la misère humaine et qui, du même coup, contribueraient à tuer des milliers d’humains en nous inoculant avec un vaccin dangereux pouvant causer la mort avec, pour seul motif de contrôler la démographie… Si l’on suit cette idée, ne serait-il pas plus logique de GARDER EN VIE le plus grand nombre d’humain afin de vendre à un plus vaste nombre leurs médicaments et, du coup, par la force du nombre, de faire plus d’argent ??

Mais la culpabilité de l’hystérie collective n’appartient pas seulement à ces clowns grotesques, à ces faux intellectuels, à ces vermisseaux syphilitiques se nourrissant de la naïveté des autres. La faute est partagée, voire plus grande encore, chez ceux qui ne savent pas exercer suffisamment de jugement pour trier sur le fait le bon grain de l’ivraie. En effet, dans de récents sondages, 43% des Québécois refusent de se faire vacciner contre cette grippe pour différentes raisons qui, en gros, peuvent se résumer au fait qu’ils ne font pas confiance aux autorités et qu’ils craignent davantage les effets du vaccin que ceux de cette souche de grippe qui peut être mortelle.

Dès lors, une question s’impose : qui les a convaincus que les autorités gouvernementales, médicales, médiatiques étaient moins crédibles que les blogueurs et les « sources fiables » comme les chaines de pourriels (chain letters) qui inondent leur boîte de courriel quotidiennement ?

Le constat est terriblement grave. Indéniablement, voilà, selon moi, un exemple parfait qui témoigne d’une mutation perverse de la perception globale liée à l’information. Aujourd’hui, plus que jamais dans l’histoire de l’humanité, l’information circule librement. Mais si l’information est à la portée de tous et chacun, qu’en est-il du jugement et de l’aptitude à exercer le doute systématique face à des sources peu fiables ? Quelles raisons peuvent expliquer ce changement de paradigme majeur ?

J’en recense quelques unes :

· Les coupures des dernières décennies dans les salles de nouvelles chez tous les grands groupes média ont contribué à l’érosion de la confiance des masses envers la fiabilité des sources traditionnelles d’information.

· La banalisation de ce qui est intellectuel, culturel (parce que le « vrai monde » ce n’est pas des intellos dans leur tours d’ivoire et ça ne va pas au Palais Montcalm).

· La (malsaine) valorisation du moindre effort. Pourquoi se forcer au royaume du copier / coller ?

· La notion de gratuité de l’information, de dévalorisation du contenu professionnel, ce qui contribue à faire équivaloir toutes les opinions, tous les textes. Comme tout est gratuit, tout a une valeur égale, donc l’opinion de X vaut celle de Y, peu importe que l’un n’aie aucune formation et que l’autre soit un professionnel de l’information.

· La montée vertigineuse du cynisme des masses envers les élites (de moins en moins élitistes) dirigeantes et la classe politique.

· La dévalorisation de facto de l’instruction et de la culture générale.

En sommes, nous faisons face à une crise de confiance sans précédent, où une proportion significative d’individus se nourrit, s’abreuve et se satisfait de théories grotesques et de demi-vérités et, plus dangereux encore, se croit plus informée que les médecins, qui ne croit plus les spécialistes et les scientifiques. Une proportion significative de la population confond les opinions, les idées et les faits et demeure incapable à ce jour de faire la part des choses entre la science (qui peut se tromper mais qui se corrige) et l’idéologie (qui, elle, ne se trompe JAMAIS et ne vacille jamais). Il est capital de douter des messages et des informations qui nous sont envoyés. Il est du devoir de tous et chacun de faire place aux idées et aux opinions dissidentes, ce qui, dans un cadre établi, constitue une expression nécessaire à une vie démocratique saine. Mais je constate une alarmante dérive qui, en lieu et place d’une saine critique, cède le pas à une méfiance par défaut, une sorte d’approximation non soutenue de sens critique.

Et ça, c’est bien plus dangereux que le vaccin contre la A (H1N1).